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Le Jardin des Finzi Contini

L’HISTOIRE : Italie, 1938. Ayant entrepris depuis peu de se convertir à l’antisémitisme, le régime fasciste multiplie les mesures vexatoires contre les Juifs italiens. Mais la famille Finzi-Contini, pilier de l’aristocratie de Ferrare depuis des générations, ne croit pas à l’imminence de la menace. Les deux enfants adultes, Micól et Alberto, aiment bien donner des parties et jouer au tennis dans l’immense parc qui entoure le palazzo familial. Comme les clubs sportifs viennent d’être interdits aux Juifs, des jeunes gens de milieux plus modestes sont désormais invités à jouer dans le jardin des Finzi-Contini. C’est ainsi que Giorgio a l’occasion de rencontrer la lointaine Micól et tombe peu à peu amoureux d’elle, qui lui en préfère un autre, cependant qu’hors des murs, le pire se prépare…
Dans l’Italie de l’extrême fin des années 1930, Giorgio et Micol, membres de la communauté israélite de Ferrare, vivent l’insouciance de leurs études au gré des distractions de leurs âges et des amusements du temps. Tennis, lectures et musique rythment ainsi les jours, sonnant progressivement le glas de l’époque et de leurs amours enfantines…

IL ETAIT UNE FOIS…
LE JARDIN DES FINZI CONTINI
Un film de Vittorio De Sica
Copie restaurée
Sortie originale 1970
Avec Dominique Sanda, Helmut Berger, Lino Capolicchio et Camilio Cesari
Durée : 1h34
Date de sortie : 18 juillet 2007

Le temps est aux troubles et l’Italie progressivement y succombe. Peu à peu, en effet, l’Europe bascule insensiblement dans la haine et des attitudes aussi martiales et ignominieuses que profondément racistes. Ainsi, le pays s’enfonce-t-il dans le fascisme mussolinien avant de pactiser avec le nazisme pour mieux exclure et chasser à l’instar des juifs, ceux qu’ils perçoivent comme étant « la lie de la société ».

Débutant son film comme un mélodrame passionnel classique où se déliterait doucement une romance commencée dès le premier regard d’enfance, l’immense Vittorio De Sica fait progressivement rentrer ses protagonistes, pour l’essentiel juifs et plus ou moins aisés, dans l’ombre du malheur à venir, celui de l’épuration génocidaire. Ainsi, par le truchement d’un récit particulièrement elliptique, construit-il une progression dramatique qui s’organise autour de l’évolution des états d’âme que connaîtra ce couple de jeunes adultes, beaux, séduisants et trop insoucieux. De fait, en adaptant le roman éponyme de Giorgio Bassani, la trame principale de ce métrage se bâtit-elle autour des sentiments graduellement niés puis bafoués du jeune lettré qu’est Georgio pour Micol, la fille de la très riche famille des Finzi Contini.

Suivant ses personnages sur quatre années dans la ville de Ferrare où tous vivaient auparavant dans l’aisance et la tranquillité, le réalisateur du Voleur de Bicyclette fait du jardin et du domaine des Finzi Contini le centre de gravité d’un monde coupé du réel tel un invulnérable sanctuaire susceptible de toujours rester préservé. Le seul endroit a priori intangible capable de résister à toutes les agressions du monde extérieur, jusqu’au moment où l’horreur s’enclenchera, démoniaque et irrésistible.
Usant d’une monstration romantique à l’extrême, à la limite du mièvre et de l’ultime sensiblerie, le cinéaste impose à dessein une lumière excessivement travaillée qui enserre et englobe ses personnages dans une sorte de halo où chacun apparaît dans sa jeunesse et sa beauté la plus vespérale. Ainsi tous semblent baignés d’une aura mordorée et idéalisée que les filtres et la pellicule employés renforcent à merveille. Le but étant d’approcher une imagerie des plus excessives où domine le flashback au rendu trop artificiel, via des teintes pastels saturées et un jeu sur le filmage des peaux enregistrées avec un esthétisme trop insistant. Ces dernières filmées en gros plan avec un sensualisme exacerbé sont censées notamment révéler la force primale d’un désir irrépressible et ramener le sujet à l’incandescence d’une jeunesse dolente face à l’amour. De fait, la caméra prend exagérément son temps pour capter la main prise, celle qui caresse et saisir cette chair jeune qui frémit pour la première fois. Mais c’est à cette occasion que le cinéaste marque son public et explicite ses véritables intentions car il en profite pour faire remarquer a priori la judéité de la jeune fille. Livrant cela à son spectateur, le propos de son film s’éclaire alors dans un contexte qui s’imposera plus amer et plus oppressant à mesure que le récit avancera. Pour l’instant étouffé, comme atténué et nié, on passera peu à peu d’une une romance impossible, où le propos socialiste sur l’impossibilité de dépasser son extraction sociale s’impose vers un drame plus inconciliable encore, la perte de tous dans les tourments meurtriers de la grande Histoire.

Ours d’Or au Festival de Berlin en 1971 et Oscar 1972 du meilleur film étranger, le Jardin des Finzi Contini va donc jouer sur l’imagerie naïve qu’il aura su si patiemment instaurer. C’est en effet par cette évolution qu’il figurera par la lumière et la modification refroidie et bientôt glaciale de sa monstration, la montée progressive de l’antisémitisme et l’avènement radical d’une mort en devenir. D’artificielle, la lumière va ainsi se faire plus crue, ternissant d’autant plus les visages qu’ils se ferment au gré des événements et des trahisons. Celles des proches tout d’abord, celle de l’aimée ensuite mais plus encore celles nées de la collaboration passive ou complice des non juifs et fascistes italiens. On retiendra également la scène sombre qui annonce et figure l’holocauste à venir, en inscrivant à l’image comme seul horizon de la population juive, le souvenir et la seule issue que constitue l’impasse du cimetière d’où ressort l’étoile de David.
Film qui déroute dans sa première demie heure et qui modifie complètement ses intentions dans un subtil et passionnant glissement, le Jardin des Finzi Contini use des codes de la romance cinématographique pour se servir de la fin d’un amour de jeunesse afin de se préparer à surpasser gravement la légèreté apparente de son sujet. Ainsi, tout en montrant l’impossible dépassement du déterminisme social au sein de la communauté juive italienne contre lequel il faut pourtant lutter, Vittorio De Sica aborde progressivement la folie qui mènera à la Shoah et les mécanismes qui conduiront vers leurs fins, tous les protagonistes du film et d’éventuels opposants.

Véritable découverte, belle ressortie en copies restaurés et très bon film, le Jardin des Finzi Continin’attend donc plus que de s’ouvrir pour mieux vous surprendre et vous faire réfléchir. Une réédition salutaire et précieuse donc qu’il faut aller voir.

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