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PSYCHANALYSE DES CONTES DE FEES par Marc Alain Descamps – Les contes de fées – part II

Parmi les nombreux types de contes, les contes de fées occupent une place centrale et prééminente. Ils sont l’essence du conte, qui est la mise en scène du merveilleux.

Les fées sont le dernier souvenir de l’ancien­ne religion du culte de la nature. Parmi les esprits de la nature, elles sont essentiellement les Esprits des pierres et vien­nent de l’ancien culte des mégalithes. Ce sont les Vierges hyperboréennes, descendues du Nord. Selon les langues on les nomme Faye, fade, fadette, fada, fata, fie, fou, fighe. Elles deviennent les dames célestes (Béarn), les filandières, dames blanches ou dames ver­tes. Au début, leurs noms sont plus personnali­sés (Esterelle, Abonde, Avril, Mélusine, Voui­vre, Morgane, Viviane, Urgèle). Puis ce ne sont plus que des attributs (Puissante, Gracieuse, Bienfaisante, Charmante, Miracle, Plume, Con­solation, Lumière, Lucie…) ou des fonctions, comme la Reine des fées qui n’a pas de nom.
Ce sont les Esprits que l’on rencontre le plus facilement et qui se mêlent du monde des humains. Elles sont douces, sensibles, bienfaisantes. Elles sont une personnalisation de la Destinée, et accordent des dons à la naissance, en particulier, elles donnent des doigts de fées qui savent tout faire. Elles sont toutes bénéfiques, sauf la fée Carabosse, qui représente la mauvaise mère grognon.
On doit donc les considérer comme une exal­tation du Principe féminin de l’anima. Elles en remplissent tous les rôles fiancée, mère, marraine… Mais il s’agit toujours de la femme toute puissante, complète, de la Mère archaï­que qui possède le phallus. Il est symbolisé par la baguette de la Fée, qui lui donne tous les pouvoirs.

Les contes de fées sont donc des messages extrêmement riches, qui peuvent faire l’objet de nombreuses explications, nous n’étudierons ici que leur psychanalyse par le Rêve-éveillé de Desoille. Bien des thèmes de rêve-éveillés correspondent à des contes de fées le Prince charmant et la Belle au bois dormant, Cendrillon, Peau d’âne, le Petit Poucet, l’Oiseau bleu… Ils sont toujours utilisés aujourd’hui car les contes de Perrault constituent l’inconscient culturel des Français. Quelques autres contes de fées s’y sont adjoints comme Blanche-Neige, Pinocchio ou Peter Pan.

Ces contes font toujours partie de l’imaginaire des Français contemporains, parce que ce ne sont pas des Contes de Perrault. Perrault n’a fait que les écrire. Après de longues recherches Soriano a pu mon­trer que les trois contes en vers (Grisélidis, 1691, les Souhaits ridicules, 1963, et Peau d’âne, 1693) ont bien été rédigés par Charles Perrault (1628-1703), contrôleur général des bâtiments du roi et l’un des quarante premiers académiciens. Les huit autres contes, en prose, semblent avoir été rédigés par son fils Pierre Perrault d’Ar­mancour (1678-1700) entre sa 15e et sa 17e année, avec l’aide de son père. Ils n’ont fait que fixer par écrit une longue tradition orale ininterrompue, celle de « nos aïeux », «des huttes et des cabanes».

D’ailleurs le livre qu’ils font paraître le 11 janvier 1697  a un titre qui en indique l’auteur Contes de Ma Mère l’Oye. Mais l’at­tribution à Ma Mère l’Oye n’est pas fortuite et cette piste n’a pas été assez explorée. On garde des troupeaux d’oies dans les plaines du Danube et dans la région toulousaine. Les oies ont toujours servi à tirer des présages (le jeu de l’oie). C’est pour cela que les Ro­mains gardaient au Capitole celles consacrées à Junon, qui les sauvèrent en 387 du siège des Gaulois de Brennus. Il y avait aussi des oies au Capitole de Toulouse avec les Capi­touls. Ma Mère l’Oye est connue à Toulouse sous le nom de la reine Pédauque, en toulou­sain pé d’auco signifie pied d’oie, c’est-à-dire patte palmée. Cette reine palmipède, Austris, à la quenouille merveilleuse, fit construire la première église consacrée à Marie en Gaule, la Daurade décagonale à coupole ouverte au centre, où se trouvait son tombeau. Il a été retrouvé et c’est celui de la reine Ragnachilde, femme du roi Wisigoth Euric. Les Goths, chas­sés de Roumanie par les Huns, pillèrent Rome en 410 et établirent un royaume à cheval sur l’Espagne et l’Aquitaine avec comme capi­tale Toulouse jusqu’en 511 puis Tolède jus­qu’en 711. Ils laissèrent beaucoup de légendes transmises en argot, la langue du secret (son contraire est le ragot) sur la civilisation de l’oie et du jars, d’Auch à Jacca, par les pé­dauques ou pèlerins de Maître Jacques à Compostelle. Mais ceux qui font les Jacques, puis des jacqueries, ne sont que des pedzouils. Et les derniers Wisigoths devinrent le peuple paria de la France les cagots (chien de goths en gascon). Ces charpentiers ou maçons durent porter un bonnet phrygien rouge, ou une patte d’oie en drap rouge sur l’épaule jusqu’en 1723 et l’apartheid n’a cessé qu’en 1900.

La structure des contes a été découverte par Vladimir Propp dès 1928 par l’étude d’un cor­pus de deux mille contes russes. Un conte se décompose en séquences ou histoires diffé­rentes. Il peut y en avoir une seule, deux ou plus successives, chevauchées ou imbriquées. Dans la structure originaire, un Agresseur agresse une Victime qui demande réparation à un Héros, qui recevra sa récompense. Parfois l’agresseur a des aides surnaturels et peuvent se succéder un ou deux faux héros.

Il est remarquable que dans le corpus des Contes de Ma Mère l’Oye sur les onze, sept ont des héroïnes et quatre des héros. Encore n’y en a-t-il que deux vrais héros (le Petit Poucet et le Chat Botté). Les rôles sont partagés dans Riquet à la houppe et il s’agit d’un héros malheureux dans les Souhaits ridicules. Donc nous avons bien avec Les Contes de Ma Mère l’Oye la transmission de l’imaginaire et de l’inconscient psychique du matriarcat.

 

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