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1. Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (1932)

 

 

Premier roman de Louis-Ferdinand Céline, Voyage… s’inspire de l’expérience de médecin de l’auteur lors de la première guerre mondiale. Lors de sa parution, le livre connaît un immense succès, même si son contenu choque beaucoup de lecteurs. Les positions politiques et philosophiques de l’auteur se dressent contre tout ce qui définit la société de l’époque (capitalisme, colonnialisme ou encore nationalisme). De plus, le livre est l’un des premiers à utiliser presque exlusivement du langage parlé, et souvent de l’argot.
Sur un plan littéraire, le livre est souvent cité comme l’une des plus grandes « erreurs » du prix Goncourt. Voyage… le manquit de seulement deux voix, et le gagnant fut un livre aujourd’hui oublié (Les loups de Guy Mazeline). Il obtint néanmoins le prix Renaudot la même année. 

 

Louis-Ferdinand Céline
Extrait du livre
« Une fois qu’on y est, on y est bien. Ils nous firent monter à cheval et puis au bout de deux mois qu’on était làdessus, remis à pied. Peut-être à cause que ça coûtait trop cher. Enfin, un matin, le colonel cherchait sa monture, son ordonnance était parti avec, on ne savait où, dans un petit endroit sans doute où les balles passaient moins facilement qu’au milieu de la route. Car c’est là précisément qu’on avait fini par se mettre, le colonel et moi, au beau milieu de la route, moi tenant son registre où il inscrivait des ordres.
Tout au loin sur la chaussée, aussi loin qu’on pouvait voir, il y avait deux points noirs, au milieu, comme nous, mais c’était deux Allemands bien occupés à tirer depuis un bon quart d’heure.Lui, notre colonel, savait peut-être pourquoi ces deux gens-là tiraient, les Allemands aussi peut-être qu’ils savaient, mais moi, vraiment, je savais pas. Aussi loin que je cherchais dans ma mémoire, je ne leur avais rien fait aux Allemands. J’avais tou-jours été bien aimable et bien poli avec eux. Je les connaissais un peu les Allemands, j’avais même été à l’école chez eux, étant petit, aux environs deHanovre. J’avais parlé leur langue. C’était alors une masse de petits crétins gueulards avec des yeux pâles et furtifs comme ceux des loups ; on allait tou-cher ensemble les filles après l’école dans les bois d’alentour, où on tirait aussi à l’arbalète et au pistolet qu’on achetait même quatre marks. On buvait de la bière sucrée. Mais de là à nous tirer maintenant dans le coffret, sans même venir nous parler d’abord et en plein milieu de la route, il y avait de la marge et même un abîme. Trop de différence.
La guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas. Ça ne pouvait pas continuer.
Il s’était donc passé dans ces gens-là quelque chose d’extraordinaire ? Que je ne ressentais, moi, pas du tout. J’avais pas dû m’en apercevoir… »

 

   

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