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Fadeur de Verlaine », Poésie et Profondeur, Jean-Pierre Richard

Attitude de passivité, d’attente de Verlaine face des choses. Ne se projette pas vers les choses, attend tranquillement, passivement qu’elles se manifestent à lui. Mais les choses l’atteignent effacées, affaiblies, atténuées par les étendues qu’elles ont dû parcourir. Verlaine aime donc les sensations épurées, à demi-mortes, qui ne contiennent plus leur origine concrète, plus aucune allusion à un monde réel, messagères vides de tout message. Impossibilité de remonté à la chose originelle disparue: le fané verlainien a quelque chose d’irrévocable. Fané verlainien proche de l’extinction, tente de s’immobiliser ds un présent vague, il est somnolence. Il ne reste que des sensations. Mais il faut quand même exciter la conscience, ne pas la laisser tomber en léthargie par les bercements, c’est pourquoi Verlaine cultive la dissonance, la fausse note. Goût pour l’impair, le rejet, le boitillement prosodique, le déhanchement syntaxique, esthétique du mot impropre explique le besoin profond de réveiller la conscience.
Mariage du vague et de l’aigu, jonction de l’indécis au précis. Mais ce n’est pas une coexistence entre aigreur et douceur, c’est un mélange intime, elles sont contenues l’une dans l’autre, elles s’équilibrent l’une l’autre.

Ce mélange séduit, séductions délicieuses mais dangereuses, car dissolvent la fermeté de la conscience qui s’abandonne à elle, ni aigre, ni doux, mais aigre-doux: tentation irrésistible, contagion qui décompose la conscience. Persuasion qui consiste en un abandon aux limites de la fadeur, l‘impalpable, limites de l‘inexistence. Rêverie verlainienne = milieux négatifs et aveugles, réalité vide.
Neutralité gagne l’esprit qui s’abandonne à elle. L’être se sent pris par une puissance impénétrable, il est gagné d’incertitude et d’irresponsabilité (idem feuille morte). Perte du sentiment de soi. Langueur verlainienne qui épuise l’être, semble vouloir le pousser à bout, le forcer à se dissoudre et à s’oublier en autre chose que lui-même.
Passage du moi personnel à un moi impersonnel.
Présence dans ses poèmes d’une tristesse anonyme. Poésie verlainienne est une communication immédiate et naïve entre les consciences. Nous concerne indirectement, appel insidieux, sur un lieu commun de la sensibilité.
Mais Verlaine partagé entre deux mondes. Sa poésie se situe entre son moi impersonnel et sa sensibilité personnelle. Conscience à la fois présente et consciente à elle-même. Poète à la fois ici et ailleurs, attaché à son propre langage et perdu ds sa langue anonyme. Se sent vivre hors de lui-même.
Piège de l’absence-présence, de l’exil prétendu, de la fausse naïveté.
Mais Verlaine n’est pas allé au bout de l’expérience, il ne s’est pas perdu totalement, donc n’a pas pu se retrouver.
Il renonce donc brusquement. Rien de cette fadeur n’était sincère nous dit-il.
L’artifice littéraire est rendu responsable de l’échec vécu. Mais il continue à écrire, il accuse moins le langage que sa propre faiblesse. Cherche à se dégager de la sensation fanée. L’ignorance indécise fait place à une foi méticuleuse. Pouvoir de la religion vient de son caractère historique, incarné et concret. Mais ce n’est qu’une idolâtrie. Monde spirituel d’où le hasard et le mélange ont été exclu à jamais. Tout devient alors signifiant, les choses s’affirment.
Tout s’explique et se réaccorde dans l’harmonie d’un ordre divin.
Poésie verlainienne devient alors didactique et bavarde, développe des thèmes, des lieux communs.
Conclusion: tragédie d’un être qui a refusé l’expérience sensible en sachant très bien que tout le reste est littérature.

MANDOLINE

Les donneurs de sérénades
Et les belles écouteuses
Echangent des propos fades
Sous les ramures chanteuses.

C’est Tircis et c’est Aminte,
Et c’est l’éternel Clitandre,
Et c’est Damis qui pour mainte
Cruelle fait maint vers tendre.

Leurs courtes vestes de soie,
Leurs longues robes à queues,
Leur élégance, leur joie
Et leurs molles ombres bleues

Tourbillonnent dans l’extase
D’une lune rose et grise,
Et la mandoline jase
Parmi les frissons de brise.

Cythère

Un pavillon à claires-voies
Abrite doucement nos joies
Qu’éventent des rosiers amis;
L’odeur des roses, faible, grâce
Au vent léger d’été qui passe,
Se mêle aux parfums qu’elle a mis;
Comme ses Yeux l’avaient promis,
Son courage est grand et sa lèvre
Communique une exquise fièvre ;
Et l’Amour comblant tout, hormis
La faim, sorbets et confitures
Nous préservent des courbatures.

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