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Marie Dubas chanteuse des années 20, aux sulfureuses chansons

Voici les paroles ou lyrics de Le tango stupéfiant interprétées par Marie Dubas :

 

Les paroles similaires

Après trois semaines entières
De bonheur que rien n’altérait
Mon amant dont j’étais si fière
Un triste matin me plaquait
Pour calmer mon âme chagrine
Je résolus en un sursaut
De me piquer à la morphine
Ou de priser de la coco
Mais ça coûte cher tous ces machins
Alors pour fuir mon noir destin(Refrain)
J’ai fumé de l’eucalyptus
Et je m’en vais à la dérive
Fumant comme une locomotive
Avec aux lèvres un rictus
J’ai fumé de l’eucalyptus
Dès lors mon âme torturée
Ne connut plus que d’affreux jours
La rue du désir fut barrée
Par les gravats de notre amour
J’aurais pu d’une main câline
Couper le traître en petits morceaux
Le recoller à la sécotine
Pour le redécouper aussitôt
Mais je l’aimais tant l’animal
Alors pour pas lui faire de mal(Refrain)
J’ai prisé d’la naphtaline
Les cheveux hagards, l’oeil hérissé
Je me suis mise à me fourrer
Des boules entières dans les narines
J’ai prisé d’la naphtaline
Qu’ai-je fait là, Jésus Marie
C’est stupéfiant comme résultat
Au lieu de m’alléger la vie
Je me suis alourdie l’estomac
J’ai dû prendre du charbon Belloc
Ça m’a fait la langue toute noire
Que faire alors pauvre loque,
Essayer d’un autre exutoire ?
Car le pire c’est que j’ai pris le pli
Et c’est tant pis quand le pli est pris(Refrain)
Je me pique à l’eau de Javel
Pour oublier celui que j’aime
Je prends ma seringue
Et j’en bois même
Alors il me pousse des ailes
Je me pique à l’eau de Javel
Gnak gnak gnak gnak
J’ai du chagrin…
Paroles: Henri Cor, Philippe Olive. Musique: Ralph Carcel   1936 autres interprètes: Les Charlots, Le Balluche de la Saugrenue (2006)

Marie Dubas (née Anna Marie Dubas le 3 septembre 1894 à Paris 15e et morte le 21 février 1972 à Paris 16e1), est une chanteuse de music-hall et une comédienne.
À ses débuts, Marie Dubas se destinait à une carrière au théâtre lyrique et à l’opérette. Elle fait ses débuts en 1908 au théâtre de Grenelle, alors qu’elle est à peine âgée de 14 ans. Suivant en parallèle des cours de danse, de chant et de comédie (au Conservatoire d’art dramatique), elle connaît rapidement un succès croissant et se retrouve en tête de distribution de plusieurs opérettes en vogue. Mais en 1926 (elle a alors 32 ans), une défaillance des cordes vocales la prive d’une partie de ses moyens, réduisant irrémédiablement l’étendue de son registre2.

 

Biographie

Se croyant alors perdue pour le chant, Marie Dubas traverse alors une période douloureuse, jusqu’à ce que Pierre Wolff, qui donne des conférences sur l’histoire de la chanson, lui propose d’illustrer celles-ci en interprétant des thèmes du folklore. Repartant ainsi sur de bases techniques différentes, elle s’oriente alors vers le tour de chant et entame officiellement sa nouvelle carrière le 23 septembre 1927 sur la scène de l’Olympia de Paul Franck. S’inspirant d’Yvette Guilbert, elle commence à chanter dans les petits cabarets de Montmartre dans un registre fantaisiste.

Dès lors tout se précipite, et en quelques mois la voilà reconnue comme l’une des reines du music-hall. Elle inaugure en 1932 la formule du « récital » (deux heures sur scène, sans micro). Enchaînant ses passages dans les plus grandes salles à un rythme jamais vu, elle établit une sorte de record en revenant cinq fois à l’affiche de l’A.B.C. au cours de la seule saison 1935-36. Elle est également en tête d’affiche duCasino de Paris et de Bobino.

Exploitant à fond les multiples facette de son talent, et jouant sur plusieurs registres à la fois, pour mieux mélanger les genres établis, elle sait passer en un instant de la fantaisie à l’émotion et du drame à la futilité. Chantant, dansant, mimant ses textes, parfois jusqu’à la caricature, jouant des hanches, des yeux, de sa frange brune ou des intonations aiguës de sa voix, qu’elle fait mine de rattraper d’un geste de la main, lorsqu’elle se lance dans une parodie d’opérette, Marie Dubas occupe toute la scène avec une vitalité exceptionnelle et une sorte de jubilation on ne peut plus communicative. Ce qui fit écrire à Michel Georges-Michel (historien du théâtre et du music-hall) : « Avec elle, le sujet ne compte plus. Le texte et la musique même s’effacent. C’est Marie Dubas que l’on regarde, que l’on écoute ; rien d’autre. »

Sa chanson la plus célèbre est Mon légionnaire (sur des paroles de Raymond Asso et une musique de Marguerite Monnot), qu’elle enregistre en 1936. Elle crée également Le Doux Caboulot, sur le poème Le Tango stupéfiant de Francis Carco) (« Je me pique à l’eau de Javel / Pour oublier celui que j’aime / Je prends ma seringue / Et j’en bois même »), et interprète en 1933 La Prière de la Charlotte de Jehan Rictus.

Sa popularité lui permet de faire une tournée aux États-Unis en 1939.

Fille d’un juif polonais, et bien que mariée à un noble ayant servi dans l’aviation, elle eût à souffrir de l’Occupation : elle doit s’exiler àLausanne où elle restera jusqu’à la fin de la guerre. À son retour elle apprend que sa sœur a été exécutée et son neveu envoyé en camp de concentration.

Elle remonte sur les planches en 1954, à la réouverture de l’Olympia. Mais, atteinte de la maladie de Parkinson, elle doit se retirer malgré sa volonté en 19583. Elle mourra à Paris en 1972. Elle est inhumée au Père Lachaise.

Marie Dubas fut la principale inspiration d’Édith Piaf (qui est de 21 ans sa cadette) : « Je dois beaucoup à Marie Dubas. Elle a été mon modèle, l’exemple que j’ai voulu suivre; et c’est elle qui m’a révélé ce qu’est une artiste de la chanson… » Elles avaient deux chansons en commun à leurs répertoires, Mon légionnaire et Le fanion de la légion4.

Cinéma

Théâtre

Liens externes

Références

  1.  Archives de l’état civil de Paris en ligne, 15e arrondissement, acte de naissance n° 2176, année 1894, avec mention marginale du décès.
  2.  Cf. le livret par Marc Robine du CD Du caf’conc’ au music-hall – Vol.11 Marie Dubas (EMI)
  3.  Interview en 1962 par André Parinaud. [archive]
  4.  Hommage d’Edith Piaf à Marie Dubas (New York, 1955). [archive]
S’il n’avait tenu qu’à elle, nous ne disposerions aujourd’hui d’aucun enregistrement de Marie Dubas. Et ce serait pour le moins un grand manque dans l’histoire de la chanson française. En effet, possédée par l’amour de la scène et du contact direct avec le public, elle n’enregistra durant toute sa carrière qu’à contre-cœur et ne laissa paraître commercialement qu’à peine la moitié de ce que nous avons pu rassembler ici-même.On peut donc se réjouir aujourd’hui que les différentes firmes discographiques avec lesquelles elle fut sous contrat soient parvenues à lui faire graver une soixantaine de faces 78 T entre 1927 et 1937, dont la totalité de ce que nous avons pu retrouver figure dans ce coffret.Nous avons pu enfin y adjoindre des enregistrements publics ou studio des années d’exil (1940 – 45), miraculeusement préservés et retrouvés, qui permettent de donner un panorama aussi complet que possible de son activité, jusqu’à son retour à Paris en 1945.La place de Marie Dubas dans l’histoire de la chanson est beaucoup plus importante que celle que la mémoire lui a réservée. Sa carrière, en effet, prend naturellement sa place entre celle d’Yvette Guilbert et celle d’Edith Piaf. Son parcours tout a fait singulier mérite d’être davantage exploré.Encore enfant, Marie ne rêve que de théâtre. Une passion que ses parents ne désapprouvent pas, bien au contraire. Depuis sa naissance, le 3 septembre 1894, à Paris, Marie baigne dans une ambiance harmonieuse, parmi ses frères et sœurs musiciens. Son père, un tailleur d’origine juive polonaise, habite à Grenelle. Les maigres revenus n’ont jamais empêché la famille Dubas d’aller au théâtre de Grenelle le samedi soir. Beaucoup plus fascinée par la scène que par l’école, Marie n’a de cesse de monter sur les planches.Embauchée à l’atelier de son père à l’âge de 14 ans, elle peut enfin s’offrir les cours d’art dramatique Masset, près des Folies Bergère, qui prépare au concours d’entrée au conservatoire. Elle y découvre les classiques du théâtre ­français, travaille la comédie et la tragédie avec les plus illustres sociétaires de la Comédie Française. Quelques mois plus tard, elle réussit à intégrer la troupe du théâtre de Grenelle. Les théâtres de quartier sont en effet légion dans la capitale et permettent au public des faubourgs de voir tout le répertoire mélodramatique. Marie y joue un nombre invraisemblable de rôles, qui lui donnent l’occasion de libérer sur scène son émotion à fleur de peau.Elle affirme un talent de comédienne qui fait la fierté de sa famille, lorsque la déclaration de guerre impose la fermeture de tous les théâtres. Marie reprend son travail auprès de son père jusqu’à la réouverture des grandes salles. Pour distraire les permissionnaires, les directeurs montent alors surtout des revues, à grand renfort de jeunes artistes. Marie sera de ceux-là. Mais pour continuer à se produire sur scène, elle doit apprendre à chanter et à danser.Pour suivre la mode, elle s’appelle désormais “Mary” Dubas. Au printemps 1916, elle est engagée comme figurante dans “La grande revue des Folies-Bergère” auprès de Mistinguett. A quarante ans, celle-ci offre à Marie une éblouissante leçon de music-hall.En 1917, l’ouverture du cabaret “Le perchoir” (43 faubourg Montmartre) avec Saint-Granier et Jean Bastia, lui donne l’occasion de découvrir l’esprit montmartrois. Elle rencontre alors l’homme qui marquera profondément sa jeunesse. Poète, romancier, musicien et interprète, Pierre Alin, un suisse protestant, lui révèle ce que peut être un véritable artiste. Marie comprend enfin que si la nature ne lui a pas accordé un physique de rêve, elle lui a donné une sensibilité et une exubérance tout à fait exceptionnelles, qui sont des qualités bien plus importantes pour être une bonne artiste.Après trois ans au Perchoir et un passage par la Cigale, Marie est engagée au théâtre Cluny, où des rôles lyriques lui permettent de développer ses qualités vocales. Mais Pierre Alin, qu’elle était sur le point d’épouser, trouve la mort dans un accident de chemin de fer. Bouleversée, Marie restera profondément marquée par la perte de cet amour idéal.La revue du Casino de Paris où “Mary” Dubas débute le 8 juillet 1921, aux côtés de Maurice Chevalier, s’intitule “Dans un fauteuil”. Elle y chante “Faut jamais dire ça aux hommes” sur une musique d’Henri Christiné, tandis que Maurice donne son nouveau tour de chant dans le genre “jeune premier comique élégant”.Marie admire la machine bien huilée des revues à grand spectacle signées Jacques-Charles. Elle y fait bonne figure, puisque Volterra la réengage à l’automne pour la grand revue d’hiver, menée celle-là par Mistinguett. Autre vedette, autre caractère… Depuis les Folies Bergère, la Miss, comme on l’appelle, a acquis une aura que nul ne peut désormais lui disputer. Elle règne en maître sur la troupe du Casino et la jeune “Mary” Dubas apprend à ses dépens qu’il vaut mieux filer droit. L’admiration que Marie lui porte touche pourtant la Miss, qui la prend en amitié.Son engagement de huit mois terminé, Marie abandonne définitivement son “y” et revient vers les rôles lyriques qu’elle affectionne. Sacha Guitry la choisit pour jouer à partir du 15 février 1923, dans “L’amour masqué”, une comédie musicale écrite sur mesure pour sa femme Yvonne Printemps. C’est également pour celle que l’on considère déjà comme le plus beau rossignol français qu’André Messager a signé une de ses plus belles partitions. Et chaque soir, cachée dans les coulisses, Marie admire l’art vocal d’Yvonne lorsque celle-ci détaille “J’ai deux amants”. Les critiques sont dithyrambiques pour Yvonne et même élogieuses pour Marie.A partir du 14 mars 1924, cette dernière incarne “Zuzu”, l’un des premiers rôles de l’opérette “La danse des libellules”, du viennois Franz Léhar, montée avec faste à Ba-Ta-Clan par Bénédicte Rasimi. Le succès de ce spectacle conduit Marie Dubas vers les studios d’enregistrement le 20 juin. Pour la première fois, elle livre sa voix à la cire et grave (en acoustique) trois airs de l’opérette avec ses partenaires. Mais à ce moment-là, la prise de son de la marque Gramophone est des plus déplorables et Marie est déçue du piètre résultat. Les disques sortent tout de même et se vendent plutôt bien : “Bambolina” est sur toutes les lèvres. Le spectacle tient l’affiche pendant plusieurs mois, le temps nécessaire pour que le nom de Marie Dubas commence à s’imposer.Le succès l’aide à prendre confiance. Elle quitte ses parents et s’installe près de l’avenue de la Grande Armée. Dès le début des années 20, éprise de modernité, Marie Dubas a été l’une des premières artistes à se couper les cheveux. A trente ans, elle décide de se coiffer court et de porter la frange, qui sera des années durant sa marque de fabrique.Elle prend des cours de chant très consciencieusement, mais change souvent de professeur… Heureusement, sa voix fort jolie de divette d’opérette passant bien la rampe – sans micro, bien entendu – correspond parfaitement au goût du moment. Fin 1924, Marie joue avec succès au théâtre des Variétés dans “Madame l’archiduc”, de Jacques Offenbach, aux côtés d’Edmée Favart, et rencontre Reynaldo Hahn.Rip, le célèbre chansonnier et revuiste, la demande aux Bouffes-Parisiens pour jouer dans l’opérette “P.L.M.” (sur une partition signée Henri Christiné, le père de “Phi-Phi”), avec deux fantaisistes de haute volée : Dranem et Marguerite Deval. Cette dernière y chante deux airs que Marie Dubas reprendra plus tard et conservera longtemps à son répertoire : “Ça changerait” et “Mais qu’est-ce que j’ai ?”.Quelques pièces assez moyennes plus tard, nous sommes fin 1926 et Marie retrouve Reynaldo Hahn. Celui-ci la fait engager au théâtre de la Michodière dans sa nouvelle comédie musicale : “Le temps d’aimer”. Ce rôle merveilleux sera aussi celui d’un drame : pendant les répétitions, Marie a une bronchite qu’elle n’arrive pas à soigner. Refusant toute défaillance, elle tente de se surpasser le soir de la répétition générale. Elle en paie le prix : dix jours plus tard, elle est obligée de s’arrêter, complètement aphone.Un examen révèle la présence de nodules sur les cordes vocales et l’oblige à ne plus parler pendant deux mois. Malgré un diagnostic très pessimiste, Marie décide de lutter. Pierre Wolff, l’auteur du livret du “Temps d’aimer”, propose alors à sa chanteuse brisée de l’emmener jouer la comédie en Égypte. Or le climat méditerranéen fait merveille… Marie retrouve miraculeusement sa voix et décide de chanter quelques airs dans le spectacle. Elle interprète notamment “Lise”, “Ça fait peur aux oiseaux”, “Mais qu’est-ce que j’ai ?”, “L’amour masqué”. La réussite de ce tour de chant embryonnaire la pousse à reprendre ses rôles lyriques.Au moins de mai 1927, elle crée à Bruxelles avec le fantaisiste Morton une opérette composée par Georges Van Parys et Philippe Parès. Ces deux associés se trouvent être également jeunes directeurs artistiques de la marque de disque Columbia, une émanation de la firme anglaise, installée depuis deux ans en France. Une création de leur opérette étant prévue à l’Eldorado de Paris à partir du 20 octobre 1927, ils tablent sur le succès obtenu à Bruxelles pour lancer les disques du spectacle avant la première parisienne.Marie entre donc en studio dès son retour de Bruxelles pour graver trois airs extraits de ce spectacle : “L’amour est un jeu”, “T’aimer librement” et “On trompe son mari”. Ce fait est suffisamment rare dans l’histoire du disque français à l’époque du 78 T pour mériter d’être signalé. Dans la plupart des cas, les compagnies de disques courent en effet après le succès des spectacles pour livrer au public les galettes qu’il réclame…Pierre Wolff conseille à Marie de reprendre à Paris le tour de chant qu’elle a ébauché en Égypte avec tant de succès et l’envoie à Paul Franck, le directeur de l’Olympia, réputé pour ses audaces et son flair. Sur la foi des précédents succès de Marie dans des œuvres lyriques, celui-ci l’engage en tête d’affiche pour le spectacle de rentrée et lui suggère de se rôder en province durant l’été.Pour composer son tour de chant, Marie Dubas reprend “Lise”, “Ça fait peur aux oiseaux” et ajoute “Marguerite”, que Maurice Chevalier a créé et enregistré un an plus tôt. Mais il lui manque encore une vraie chanson fantaisiste. Elle fait la tournée des éditeurs de musique de la capitale et découvre chez Jean Rodor une chanson composée par J. Gey sur des paroles de Rodor, intitulée “Pedro”. Elle est alors mûre pour affronter le public de l’Olympia à la rentrée, ce qu’elle fait le 23 septembre 1927, dans un triomphe qu’elle-même n’osait espérer.Columbia propose à Marie deux nouvelles séances d’enregistrement au mois de novembre, où elle grave les principaux titres de son spectacle. Tous restés inédits à l’époque, ils ne seront éditées que sur microsillon, en 1968.Marie Dubas enchaîne alors les tours de chant, mais sa carrière de chanteuse lyrique la rattrape : elle doit honorer son contrat pour reprendre “La petite dame du train bleu” à l’Eldorado avec Pauline Carton. Après cent représentations, Marie enchaîne, toujours à l’Eldorado, avec la pièce “Le train de 8 h 47” de Georges Courteline. Elle fait son tour de chant au cours du spectacle et l’auteur lui-même vient l’entendre.La vedette est engagée au même moment dans le célèbre cabaret de nuit “Chez Fysher”, rue d’Antin. Se multipliant comme d’autres artistes, elle décide d’aller faire son tour de chant après le spectacle. La direction de l’Eldorado lui intente alors un procès que la chanteuse gagne.Marie Dubas mène ensuite la revue inaugurale de la salle des Folies Wagram (futur théâtre de l’Étoile), à partir du 14 mars 1928. Entourée d’une foule d’artistes, dont Florelle et Henri Garat, elle a beaucoup de numéros chantés et se taille un joli succès, qui lui permet d’enchaîner avec un spectacle aux Folies Marigny (futur Théâtre Marigny) durant l’été. Elle reprend les rôles de Jeanne Marnac, avec comme partenaires Dranem et Raimu.Un spectateur pas comme les autres tombe sous son charme. Il se nomme Pierre Benoit et compte parmi les écrivains les plus célèbres de sa génération (L’Atlantide). Une correspondance échangée durant tout l’été 1928 servira le prélude à une liaison sentimentale de quatre ans.La jeune fantaisiste continue sa fulgurante ascension : le 19 octobre, elle sort victorieuse d’une épreuve réputée difficile, en affrontant les trois mille spectateurs de l’Empire, avenue de Wagram. C’est là qu’en un soir se fait ou se défait une réputation. Selon la formule établie, Marie y reste durant quatorze jours et crée notamment “Quand la dame…”Fin 1928, elle est vedette de la nouvelle revue du Concert Mayol, “En pleine jeunesse”, avec Lucienne Boyer et Pizella, où elle chante “Ploum ploum ploum” (enregistré par Damia) et “Maya”. Au mois de mars, Marie grave quelques faces chez Pathé, dont “Pedro”, “Mais qu’est-ce que j’ai ?” et “Déjà” (une œuvre du chansonnier Paul Colline que ce dernier enregistrera deux ans plus tard). La mauvaise qualité technique de Pathé rend particulièrement mal la voix aux notes aiguës de Marie, ce qui ne la poussera guère à prolonger l’expérience…Suffisamment rodée, Marie signe un nouvel engagement avec Léon Volterra, pour être cette fois la vedette de la revue “Paris qui charme” au Casino de Paris, à partir du 28 mai. Elle est entourée du danseur Harry Pilcer et des fantaisistes Bach et Laverne. C’est d’ailleurs la dernière revue de Volterra, qui revendra la salle à Oscar Dufrenne et Henri Varna.Contrairement à ce qu’elle imaginait, Marie n’est pas heureuse dans cette grande machine. Une fois encore, c’est son tour de chant qui sauve la jeune vedette. Elle crée notamment “La chanson du roulier”, une vieille chanson d’atelier du siècle dernier, arrangée par Ralph Carcel. Plus tard, Marie reprendra également “Les filles de Gennevilliers”, “Les godillots sont lourds dans l’sac”…Du 15 au 28 novembre 1929, Marie Dubas retourne à l’Empire et surprend son public par un tour de chant en forme de douche écossaise entièrement reconstruit, grâce à l’influence bénéfique de Pierre Benoît, qui la guide dans le choix de ses textes. Elle entre en scène avec “C’est si bon quand c’est défendu”, puis crée “Butterfly-tox”, une chanson arabe du belge Albert Evrard qui parodie allègrement l’Opéra de Puccini, et “Quand je danse avec lui”. Cette chanson ­composée par Jean Eblinger sur un texte du chansonnier Gabriello, sera reprise peu après par la fantaisiste Claire Franconnay dans le court-métrage “Chiqué” de Pierre Colombier.

Dans ses souvenirs, Gabriello ajoute à propos de Marie : “La charmante vedette me commanda en même temps un pot-pourri que j’eus la chance de réussir. C’était “Comment elles se donnent !” Promenade amoureuse à travers le monde, reportage traitant de la manière de se donner des femmes de tous les pays. Impossible de vous dire avec quelle fougue, quelle fantaisie comique Marie Dubas, en pleine forme, interprétait cette œuvrette. D’ailleurs, elle soulevait avec son répertoire l’enthousiasme indescriptible des spectateurs de l’Empire. Moi, caché dans la foule du promenoir, je buvais du petit lait.”Le succès de ce tour de chant bien composé, incite le directeur d’Odéon – la meilleure marque de disques du moment – à faire venir Marie aux studios de la rue Albert en mars 1930 pour une série de tests, accompagnée au piano par Ralph Carcel. Ce pianiste-compositeur et chef d’orchestre deviendra bientôt son accompagnateur officiel, qu’elle gardera comme collaborateur pendant des années.Il reste deux titres de cette séance, qui préfigurent le talent qu’elle exprimera quelques mois plus tard pour les faces commerciales. Car cet examen concluant l’a conduite à signer le 4 avril un contrat d’exclusivité de deux ans. Fin octobre 1930, elle grave quatre titres : “Quand je danse avec lui”, “C’est si bon quand c’est défendu”, “Les housards de la garde” et “La femme du roulier”.Sortis au mois de décembre 1930, ils sont salués par Pierre Mac Orlan dans sa chronique hebdomadaire du magazine VU : “Les deux disques de Marie Dubas sont, à mon avis, fort bien choisis parce qu’ils représentent très bien ce que son talent possède de richesses connues et inconnues. Le grand public connaît la fantaisiste dont l’esprit faubourien est bien celui de la rue. Elle-même ne connaît peut-être pas encore cette manière de s’imposer à son destin et pourtant elle laisse bien prévoir que l’expression fantaisiste de son tempérament se soumettra à la puissante et subtile comédienne qu’elle est quand elle semble s’attendrir sur tout ce qu’elle sait, c’est à dire tout ce qu’elle observé de la vie. C’est par l’humour qu’on arrive le plus sûrement à l’expression de la tragédie quand elle exige une étude pleine de tact. (…) Marie Dubas est une artiste savante et très sûre d’elle-même qui ne livre rien au hasard quand elle déroule ses petits films musicaux.”Après l’Empire, Marie Dubas joue au Moulin de la Chanson, Cette petite salle du boulevard de ­Clichy lui permet de renouer, le temps d’une revue, avec l’esprit montmartrois qu’elle avait tant apprécié dans sa jeunesse. C’est au cours de cette “Revue de Jeanson” que Marie crée le pot-pourri confectionné sur mesures par l’auteur sur des airs des années 1910. L’esprit d’Henri Jeanson et le succès qu’il obtient achèvent de séduire la chanteuse, qui conservera toujours ce pot-pourri à son répertoire.Sur sa lancée, elle revient au théâtre pour jouer “Le Roi” au Théâtre des Variétés. Cette pièce de Flers et Caillavet a été créée en 1908 par Max Dearly et Eve Lavallière dans la même salle. Obligée de refuser un contrat à l’Empire en décembre 1930, Marie ne fait finalement sa rentrée aux Variétés qu’en avril 1931, à cause du succès phénoménal et imprévisible de la pièce “Topaze” de Marcel Pagnol…

Le 2 octobre 1931, Marie Dubas est à nouveau à l’affiche de “L’Empire”. Son répertoire entièrement renouvelé contient notamment un poème de Francis Carco mis en musique par Jacques Larmanjat : “Le doux caboulot”, un véritable chef d’œuvre qui sera abondamment repris par la suite (Lucienne Boyer, Suzy Solidor, Jean Sablon, Yves Montand, Renée Lebas, Colette Renard, Juliette Gréco, Zizi Jeanmaire…).Elle chante aussi “Son voile qui volait” (une ronde québécoise devenue très en vogue depuis la parution, à l’automne 1930, du disque Columbia interprété par Olivia Legare), “Fleur des fortifs” (chanson de Georgius), “La java du crochet”, “Ça m’fait mal”, “Au 31 du mois d’août” (une vieille chanson de marins), un autre poème mis en musique par Larmanjat : “Rengaine” (Francis Carco), et deux autres par Ralph Carcel : “Piano” (Paul Géraldy) et “Méditation” (Paul Géraldy). Elle a simplement conservé en rappel “La chanson du roulier” et son fétiche “Pedro”.Renouant avec son expérience du cabaret de nuit “Chez Fysher”, Marie chante en 1932 à “L’Embassy”, une boîte sélect sur les Champs Élysées. Accompagnée au piano par Ralph Carcel, elle chante notamment “J’aime ça” et pour la première fois “J’suis bête”. Cette chanson de diseuse, créée par Odette Dulac en 1900, a été composée par Georges Charton et écrite par un certain Georges Colias. Ce pseudonyme cache en fait le nom Georges Berr, célèbre sociétaire de la comédie française et auteur dramatique.On l’applaudit aussi à Bobino du 31 mars au 13 avril, puis à l’Européen, mais Marie a besoin de grandes scènes pour laisser libre cours à son exubérance. Henri Varna l’engage alors au Casino de Paris pour mener la nouvelle revue “Sex appeal Paris 32” qui doit succéder à celle de Mistinguett, “l’hyperproduction” intitulée “Paris qui brille”, dont le succès mitigé illustre mieux que de longs discours les difficultés des salles de music-hall. Les effets de la crise économiques commencent en effet à se faire sentir et l’industrie du grand spectacle est touchée de plein fouet.

Pour accueillir la fantaisiste à partir du 7 mai, Henri Varna prend le risque de renouveler la ­formule pourtant bien établie de la revue à grand spectacle. Les escaliers et les plumes sont remisés au profit de décors signés par Paul Colin. Ballets et tours de chant sont au programme d’une affiche bien remplie. On y voit notamment deux jeunes duettistes rescapés de la revue précédente, nommés Pills et Tabet. Au début du deuxième acte, ils apparaissent dans un sketch où ils interprètent “Couchés dans le foin”. Cette chanson signée Mireille et Jean Nohain fait un tabac, au point que le disque obtiendra le grand prix “Candide” l’année suivante.Marie Dubas crée plusieurs titres au cours de la revue (“Marie Marie”, “Je veux mon nom sur l’Obélisque”, “Tu me plais”, “Les pompons rouges”, “Le jazz me porte à la peau”, “L’atalante”) et reprend “Son voile qui volait”. Elle fait aussi son tour de chant, où elle interprète ses classiques (“Pedro”, “Le doux caboulot”, “Les housards de la garde”, “Mais qu’est-ce que j’ai ?”, “J’suis bête”). Le final du premier acte est “L’inévitable scène de charme”, signé du chansonnier Jean Rieux, où Marie parodie ­Mistinguett, dont elle restera tout de même l’amie…C’est au cours de la deuxième version de la revue, montée à partir du mois de septembre, que Marie interprète pour la première fois un poème adapté d’un texte que Jehan Rictus avait écrit en 1904 : “La prière de la Charlotte”. ­Malgré l’avis de l’auteur, qui estime son poème dénaturé, Marie en fait une scène pathétique qui obtient un succès considérable. Gabriello le relate dans ses mémoires : “Ceux-là qui ne la connaissent pas en dehors de la scène, peuvent se rendre compte de cette sorte de dédoublement qui s’opère chez cette grande artiste, lorsqu’après l’avoir vue s’agiter, trépider, rire, grimacer dans son répertoire excentrique, ils l’entendent subitement réciter un magnifique poème de Rictus où, immobile, par la seule puissance de sa voix, et le cœur sur les lèvres, elle vous remue les tripes, et vous arrache des larmes. Voilà de l’art au Music-Hall.”

L’enthousiasme unanime pousse Jean Bérard, directeur artistique des disques Columbia, à s’adjoindre la collaboration de la vedette pour augmenter son écurie déjà bien fournie (Lys Gauty, Damia, Lucienne Boyer,…). Son contrat d’exclusivité chez Odéon arrive en effet à terme le 30 juin 1933. “La prière de la Charlotte”, sera enregistrée en deux faces, le 14 novembre, et sortira pour la Noël 1933.C’est une des rares chansons dramatiques du répertoire de Marie Dubas. C’est aussi l’une des plus connues et la preuve que la fantaisiste excelle tout autant dans ce registre-là. Elle doit la diversité de son talent à une formation très particulière : le théâtre, les chansonniers et l’opérette l’ont menée vers la chanson, alors que la plupart des artistes font le chemin inverse.Première artiste à oser aborder la formule du récital, Marie Dubas pose une date dans l’histoire de la chanson, chose dont la postérité lui sera peu reconnaissante… Affronter une salle deux heures durant, sans micro, seule en scène avec son pianiste, relève pourtant d’un exploit dont personne en 1932 ne croit un chanteur capable, a fortiori une femme. Mais Marie est un bourreau de travail et veut prouver que rien n’est insurmontable. Après avoir rôdé son programme à Amsterdam, Bruxelles et à Barcelone, elle joue sa réputation en un seul soir, au théâtre des Champs-Elysées, le 20 mars 1933. Ses 35 chansons et poèmes remportent un succès considérable et la critique salue cette performance athlétique et vocale.A peine reposée, Marie chante à l’Alhambra, puis à Bobino (du 12 au 25 mai) et à l’Européen. Elle crée alors “Départ” et “Le vieux phonographe”, deux poèmes de Rosemonde Gérard (la veuve d’Edmond Rostand) mis en musique par son compagnon Tiarko Richepin (fils de Jean). Autre nouveauté : “Quand on vous aime comme ça”, une chanson de Paul de Kock mise en musique par Yvette Guilbert trente ans plus tôt, que la grande diseuse a offerte à Marie Dubas.Car la cette dernière a compris que pour durer, il faut savoir se renouveler sans cesse. Elle refait son répertoire tous les six mois, étudie soigneusement l’enchaînement des chansons. Elle les travaille avec leurs auteurs, n’hésitant guère à les faire retoucher si le besoin s’en fait sentir. Marie règle seule ses mises en scène, exerce ses gestes et surtout sa voix grâce à un enregistreur personnel de disques souples de marque Soubitez – le dernier cri pour l’époque – qu’elle acquiert dès 1935.S’inspirant de son modèle artistique, Yvette Guilbert, Marie Dubas sait que la recherche de l’effet comique est déterminante. En perfectionniste, elle retravaille perpétuellement les chansons qu’elle garde à son répertoire avec le fidèle Ralph Carcel. Pour les pas de danse élaborés, elle a recours à un danseur-chorégraphe, et pour placer sa voix, à un professeur de chant. Mais elle a toujours la fâcheuse manie d’en changer régulièrement et l’on peut dire que tous ne sont pas aussi inspirés.

Le compromis idéal est atteint au moment où elle enregistre “D’amour et d’eau fraîche”, une chanson extraite du film homonyme, qu’elle a fort peu chantée, mais qui révèle une interprète en pleine possession des ses moyens. Ceux-ci alliés à l’excellente technique d’enregistrement de la maison Columbia donne un superbe résultat.De septembre à octobre 33, Marie remplace Joséphine Baker en tête d’affiche au Casino de Paris, en compagnie des duettistes Charpini et Brancato. Pour célébrer sa venue, la revue “La joie de Paris” est alors rebaptisée “Paris en joie”, un spectacle où elle donne uniquement son tour de chant. La fantaisiste est ensuite à l’affiche de l’Européen, mais elle a déjà d’autres projets. Après l’expérience du récital, Marie Dubas se lance un nouveau défi : allier la chanson et la mélodie. Comme pour se prouver à elle-même qu’elle peut toucher un public élitiste. Elle le fait aussi pour donner à la chanson la place qu’elle mérite au panthéon des arts populaires. C’est avec la complicité de Manuel Rosenthal que la chose est rendue possible.C’est en 1930 que Marie avait rencontré ce compositeur, élève de Ravel, alors qu’il préparait une opérette avec le librettiste Nino. Le théâtre des Champs Élysées avait donné son accord pour monter “Les bootleggers”, dont l’unique rôle féminin était écrit sur mesure pour Marie. Mais la chanteuse, bloquée par d’autres engagements, dut renoncer au rôle, lequel fut finalement confié trois ans plus tard à Laure Diana au Théâtre Pigalle.Pour se rattraper, Marie décide d’interpréter 9 des 12 “Chansons enfantines”, également signées Nino et Rosenthal. Ces mélodies pour chant et orchestre, des chefs d’œuvre d’humour et de poésie tendre, sont très difficiles à interpréter, mais Manuel Rosenthal fait confiance à Marie. Le compositeur dirigera lui-même les 80 musiciens des Concerts Pasdeloup, dont Marie Dubas sera la soliste d’un soir. Il pense en effet qu’elle est la seule artiste de music-hall du moment capable d’aborder ce répertoire. Elle ajoute aux “Chansons du Monsieur Bleu” deux poèmes chantés, “Les îles du sud” (poème de Nino mis en musique par Larmanjat) et “La mauvaise prière” (poème de René Chalupt mis en musique pour Marie par Louis Aubert), où elle se fera accompagner par Ralph CarcelLe 4 février 1934 marque une date dans la carrière de Marie Dubas. Le théâtre des Champs Élysées est en pleine effervescence. Dans la salle, un puriste lance à l’artiste : “A Bobino !”. Mais Marie ne tarde guère à conquérir le cœur de ce public difficile, qui curieusement ne brille pas par sa politesse. Parmi les neuf mélodies, “Le petit chat est mort” provoque des tonnerres d’applaudissements. Elle est même rappelée et en profite pour imposer deux chansons extraites de son répertoire habituel : “Le doux caboulot” et “La jupe nouée”.

Maurice Ravel vient la féliciter dans sa loge et le grand critique musical Émile Vuillermoz affirme dans les colonnes de L’excelsior : “L’inscription de Marie Dubas sur une affiche de concerts symphoniques constitue à mon sens un hommage parfaitement justifié à une artiste qui a eu le courage d’imposer à la vaste clientèle populaire, dont elle est l’idole, des œuvres de qualité. Il était donc tout naturel d’inviter la créatrice de tant d’œuvres fortes et belles à prendre place dans une assemblée de musiciens.”L’éclatant succès remporté au théâtre des Champs Élysées conduit Marie Dubas à enregistrer chez Columbia, quatre jours plus tard, cinq des douze “Chansons du Monsieur Bleu” sous la direction du compositeur. Seule l’une des deux faces gravées ce jour-là sera commercialisée, mais l’autre a survécu en test, ce qui permet de reproduire l’ensemble dans ce coffret. Cette parenthèse dans sa carrière sera sans lendemain. La chanteuse retrouve en effet son public à Bobino (du 6 avril au 10 mai) et à l’Européen. Mais elle continuera d’interpréter ces mélodies dans ses récitals entre deux chansons de music-hall.L’A.B.C ouvre ses portes le 20 avril 1934. Comme à l’Empire, l’affiche sera renouvelée tous les deux semaines, avec matinée et soirée tous les jours. Mitty Goldin, son dynamique directeur, a prévu d’engager Marie Dubas comme vedette du spectacle inaugural. C’est finalement Lys Gauty qui essuiera les plâtres, en remplacement de Marie malade… Celle-ci fera le deuxième spectacle, du 18 au 31 mai, avec Jean Lumière et Raymond Souplex. Il est d’ailleurs singulier de noter qu’en ces années de crises économiques, les artistes ne manquent guère de salles pour se produire dans la capitale.Courant décembre, au cours d’une tournée au Maroc, Marie Dubas fait la connaissance de Georges Bellair, un jeune lieutenant de l’armée de l’air, qui lui fait la cour. Il va même jusqu’à la rejoindre à Paris sans permission. Séduite par tant d’ardeur, Marie annule tous ses contrats et s’accorde un mois de vacances à Fez. Ce sera la seule fois en cinquante ans de carrière ! Amoureuse, Marie reste par dessus tout attachée à sa liberté et ne veut pas entendre parler de mariage.La fantaisiste remonte sur la scène de l’A.B.C. du 1er au 14 février 1935, de Bobino du 22 au 28 février, puis à l’Européen du 1er au 7 mars. Elle interprète “Une rue sans soleil”, “L’amour au passé défini”, “La chanson moyenâgeuse”, “J’suis obsédée”, “Métamorphoses”, “Les canonniers d’Auvergne”, “Dimanche à Nogent”, “C’est pour lui plaire”, “Il est bébête”. Des titres excellents, dont on ne peut que déplorer l’absence totale de trace sonore.

 

Depuis qu’elle est sous contrat chez Columbia, Marie Dubas livre en effet de moins en moins de disques à ses admirateurs, alors qu’elle est au sommet de sa popularité. Elle fait pourtant plusieurs séances d’enregistrement, mais après “La Charlotte”, “Les chansons du Monsieur Bleu”, “D’amour et d’eau fraîche” et “Croyez-vous ma chère”, plus aucun disque ne sort. La vedette grave encore plusieurs titres en juin 1935 qui préfigurent le climat du Front Populaire : “C’est toujours ça de pris”, “La java d’un sou” et “On ne sait pas qui l’on est”. Aucun ne sera commercialisé et il faudra attendre les microsillons des années 60 pour les voir édités et connaître une gloire tardive.La vedette n’offre guère plus de matière aux échotiers en mal de copie qu’aux maisons de disques. Tout comme Yvonne Printemps, Marie Dubas est très discrète sur sa vie privée, ce qui n’empêche pas la presse d’inventer. En forme de riposte habile, Marie entamera bientôt son tour de chant avec une chanson intitulée “Ce qui ce dit tout haut et tout bas”. Elle crée également “Ma Guadeloupe”, une vieille chanson créole d’une émouvante simplicité, sorte de complainte de tous les déracinés.En pleine gloire, Marie Dubas enchaîne les spectacles parisiens, comme l’Empire (22 mars 1935), l’A.B.C. (27 décembre), Bobino (24 janvier 1936) ou encore l’Européen (7 février), le tout entrecoupé de fréquents galas de bienfaisances. Ainsi, le 17 février, tout ce que Paris compte comme vedettes de la chanson et du music-hall se retrouve au “Gala Antonet” organisé au Cirque Médrano, au profit de la veuve du grand clown, par M. et Mme Medrano, le journal L’intransigeant et Radio Cité. Marie y croise une certaine Môme Piaf, une chanteuse réaliste à peine âgée de vingt ans, qui se produit depuis peu au cabaret Le Gerny’s, rue Pierre Charron. Cette rencontre fortuite est le début d’une longue histoire…

Fin 1935, Marie Dubas a pris à son service un garçon peu commun de trente-quatre ans, qui a essayé toutes sortes de métiers et qui cache une évidente fibre artistique. Officiellement employé comme secrétaire, Raymond Asso n’est guère surchargé de travail et trouve facilement le temps d’écrire des chansons, inspirées de sa jeunesse passée au proche orient. Il confie ses textes à Marguerite Monnot, une jeune pianiste de trente trois ans, qui a abandonné ses projets de carrière de concertiste pour se consacrer à la chanson. Elle vient de signer la musique de “L’étranger” lancée avec succès par Annette Lajon.La collaboration de Raymond Asso et Marguerite Monnot commence donc par trois chansons : “Le blédard”, “Le fanion de la légion” et “Mon légionnaire”. Ces deux dernières séduisent beaucoup Marie Dubas, car elle lui évoque – bien sûr – Georges Bellair. Son amant l’aidera d’ailleurs à trouver l’orchestration du “Fanion de la légion” avec le clairon. Début avril 1936, elle chante “Mon légionnaire” pour la première fois à Marseille, en y mettant toute son émotion.Columbia veut enregistrer ces deux titres et Marie accepte, à condition toutefois, de respecter leur durée exceptionnellement longue, supérieure à quatre minutes. Dépassant le format ordinaire des disques 25 cm, on devra les enregistrer sur un disque 30 cm. On profite de l’occasion pour la convaincre d’enregistrer deux autres titres dans le registre fantaisiste : “Le tango stupéfiant” et “Doudou la terreur”. Les séances se déroulent au mois de mai et le disque grand format sort peu après, mais Marie refuse de laisser paraître les deux autres chansons. Le mois suivant, en plein Front Populaire, la radio passe souvent “Mon légionnaire” et “Le fanion de la légion”, lançant du même coup ses auteurs.La fantaisiste s’intéresse surtout à la scène et joue, à partir du 2 juin, sa première revue à l’A.B.C. Cette salle des grands boulevards est en effet devenue celle de la consécration populaire. Marie est en compagnie de Michel Simon, et d’un jeune mime nommé Jacques Tati, considéré comme la révélation de l’année. Le tour de chant de la vedette est au milieu du deuxième acte. Elle obtient un triomphe en lançant devant les parisiens “Le fanion de la légion”, qui constitue à coup sûr une de plus belles images d’Épinal de la chanson française, et “Mon légionnaire”, la seule œuvre dramatique de son répertoire à ce moment-là.

La mise scène dépouillée, avec un simple foulard autour du cou, renforce l’effet pathétique, salué par une spectatrice de choix, Colette, qui tient sa rubrique de “La jumelle noire” dans Le Journal : “Dans la revue de l’A.B.C., Marie Dubas joue des sketches, et chante pour finir douze, quinze chansons. Il est patent que cette jeune femme, belle comme un tison, ne laisse rien au hasard, et qu’elle compose une chanson avec une lucidité de peintre ardent et patient. Marie Dubas, j’en jurerais, est la plus sévère critique de Marie Dubas. Quels que soient le charme et le succès de la Marie Dubas dramatique, de Marie qui fait la niaise du village, d’une autre Marie réaliste, veuve à jamais d’un blond légionnaire, je déclare mon faible pour une Marie un peu insane, le hennin de travers et crachant du vieulx françois de contrebande.” La revue fera salle comble tout l’été. Pendant ce temps, la Môme Piaf traverse des heures noires : le directeur du cabaret où elle se produisait est victime d’un assassinat crapuleux. Harcelée par la presse et la police, la jeune chanteuse parvient tout de même à figurer dans un programme de l’Européen en juin 1936. C’est alors qu’elle se souvient de Raymond Asso, rencontré au Gerny’s quelques mois plus tôt. Attendri par sa gueule de moineau perdu, il la prend sous son aile, et séduit par ses qualités d’interprète, lui conseille d’aller voir Marie Dubas qui vient de remonter sur la scène de l’A.B.C.A partir du 5 mars 1937, la fantaisiste est en effet la vedette du spectacle où est incluse la comédie en un acte de Francis Croisset “Par politesse”, en compagnie de Pierre Dac. Dans le même spectacle, Jacques Tati fait son numéro de parodie sportive et Marie fait son tour de chant. Elle lance alors onze chansons nouvelles, dont “Monsieur est parti en voyage”, “Dépêche-toi de m’aimer”, “Les nains”, “Je l’ferai demain”, “La rumba mondaine” (enregistré par Charlotte Dauvia), “Sur le bassin de la Villette” (enregistré par Lys Gauty). Columbia en fait graver plusieurs à Marie, mais celle-ci les refuse.Bouleversée par ses talents d’interprète, Édith Piaf devient aussitôt la plus fidèle spectatrice de Marie Dubas et se nourrit de son art. Raymond Asso commence alors à écrire des chansons pour sa vedette en herbe (“Mon amant de la coloniale”, “Le contrebandier”, “Paris-Méditerranée”, “Un jeune homme chantait”…). Il réussit même à la faire engager à l’A.B.C., dans le spectacle qui succède à celui de Marie Dubas (26 mars 1937), dans le programme dont Gilles et Julien sont tête d’affiche. Piaf reprend alors avec succès “Mon légionnaire” et “Le fanion de la Légion”.

Après un nouveau passage à Bobino et à l’Européen, Marie Dubas revient à l’A.B.C. dans “La revue du rire” (18 juin 1937), en compagnie de d’un débutant nommé Paul Meurisse. La revue tient jusqu’au mois de septembre, mais Marie est obligée de s’arrêter, car elle est enceinte de quatre mois… Par souci d’indépendance, elle refuse toujours d’épouser Georges Bellair. Le 15 février 1938, elle accouche de François, à grand renfort de presse, laquelle a enfin une information tangible à se mettre sous la dent !Aussitôt remise, on voit Marie Dubas remonter sur les grandes scènes parisiennes : A.B.C. (6 mai 1938), Bobino (27 mai). Elle triomphe dans le registre fantaisiste et l’on peut dire qu’elle est alors au sommet de sa carrière. Elle crée “Tant pis pour la rime” (une délicieuse chanson de Mireille et Jean Nohain), “Sœur Anna”, “C’est toujours comme ça que ça se passe”, “Une java en mineur”, “Qui qui m’a” (sur des paroles de Gabriello), “Le roman de la négresse et du gardien de phare”, ainsi que deux poèmes : “Jour de congé” et “Garçon”. Des titres qu’hélas, une fois de plus, elle ne daigne pas enregistrer.Le rythme des tournées reprend son cours, entrecoupé par les passages sur les scènes parisiennes (l’A.B.C. en novembre 1938, le Moulin Rouge début 1939, puis à nouveau l’A.B.C., d’avril à juin 1939, dans “La revue déchaînée”, avec Duvallès). Elle embarque ensuite pour une tournée de deux mois en Amérique du sud. Mais la déclaration de guerre intervient et elle y restera beaucoup plus longtemps…A Buenos Aires et à Rio de Janeiro, elle découvre le public étranger, celui qui ne parle pas français et qui veut surtout entendre des chansons d’amour. A part “La prière de la Charlotte”, “Mon légionnaire” et “Monsieur est parti en voyage”, le public n’apprécie guère son répertoire. Marie apprend alors des chansons tristes brésiliennes. Elle doit travailler sa voix dans un registre très différent, plus grave, apprendre à tenir les notes douces et adopter le timbre particulier aux chansons nostalgiques.

Elle chante à la radio trois fois par semaine et découvre que l’usage du micro, devenu indispensable, même dans les salles, car le public n’est pas aussi discipliné qu’à Paris… Cette grande nouveauté l’oblige à réfréner son exubérance naturelle. Elle devient élégante et prend “des allures de vamp” (selon ses propres dires). Loin du pays, elle a tout le loisir de se livrer aux mondanités, chose qu’elle a toujours évitée lorsqu’elle était en France. Le 2 décembre 1939, un grand gala donné pour l’Ambassade de France au profit de la Croix Rouge lui offre l’occasion de chanter pour un public français en compagnie de Jean Sablon.L’ovation qu’ils obtiennent lui font comprendre qu’elle peut aussi bien se faire apprécier dans des romances et des chansons faciles. Mais on ne se refait pas : Marie a toujours voulu faire rire. Elle a évité de chanter l’amour pour ne pas tomber dans la facilité. Ce faisant, elle a nuit à sa propre postérité, elle a même laissé à d’autres l’occasion de créer certaines chansons au succès certain qu’on lui apportait, comme “Le chaland qui passe”.Début 1940, elle réembarque pour le Portugal, où elle séjournera quelque temps et contribuera à faire connaître la culture française. On peut en effet lire dans la presse : “Quelle leçon d’énergie, d’optimisme, de sérénité confiante derrière la frivolité apparente de ses chansons. Marie Dubas a conquis entièrement le public et conquis peut-être pour son pays quelques cœurs hésitants”. Elle commence en effet son spectacle par un texte écrit au Brésil intitulé “Vive la chanson française !”.Le 3 octobre 1940, Vichy promulgue le premier décret contre la population juive. Le nom de Marie Dubas est interdit, dans la presse comme sur les ondes. Par deux fois, sa réputation est attaquée par des manifestation d’hostilité, puis on ne parle plus d’elle. Interdite à Paris, Marie est condamnée à chanter à l’étranger et décide alors de lutter pour la défense et l’illustration de la chanson française.Après un passage par le Maroc, elle décide de rentrer en zone libre pour retrouver son public français. Progressivement, elle arrive à trouver des engagements auprès des directeurs de salles qui, trop heureux du succès qu’elle obtient, n’ont guère de mal à fermer les yeux… En plus de son tour de chant, elle joue des pièces de théâtre, comme “La dame de chez Maxim’s” (de Georges Feydeau), ou même des opérettes, comme “Chonchette” (de Claude Terrasse, livret de Flers et Caillavet). Parmi ses nouvelles chansons, Marie interprète deux poèmes : “La ronde autour du monde” de Paul Fort et surtout “Vive la chanson française” qui ne laisse guère de doute sur ses convictions. Mais le ravitaillement est de plus en plus difficile et les tournées sont épuisantes.

Après celle du Vel’ d’Hiv’, les rafles se multiplient, même dans le sud. Marie trouve alors un refuge salutaire et inespéré en Suisse, qu’elle arrive à rejoindre au prix de nombreuses difficultés, accompagnée par son pianiste Ralph Carcel. A partir du 1er novembre 1942, elle se produit au Moulin Rouge de Genève et le 12 novembre, sa présence est saluée par une émission publique diffusée à la radio. Les extraits les plus marquants de ce spectacle, dont l’enregistrement a été fort heureusement conservé par la Radio Suisse Romande, sont reproduits dans ce coffret et permettent d’apprécier le travail scénique de Marie Dubas.A partir du 9 février 1943, on la voit au Théâtre Municipal de Lausanne dans “Ça c’est chic”, une revue dont elle partage la vedette avec Pauline Carton. Mais Ralph Carcel a été rappelé en France et Marie Dubas travaille avec le pianiste attitré de l’établissement, Marcel Genton. Elle ne sait pas encore qu’elle trouvera en lui un collaborateur des plus dévoués, qui lui restera fidèle jusqu’à la fin de sa carrière. La chanteuse s’installe pour deux ans à Lausanne, où elle retrouve d’autres vedettes françaises dans son cas, comme Renée Lebas. En février 1943, son fils et sa fidèle Sylvie la rejoignent.Marie fait de nombreuses tournées et chante beaucoup à la radio. Début 44, elle y crée “Ce soir je pense à mon pays”, une chanson autobiographique composée par Philippe Gérard sur un poème du jeune François Reichenbach (qui signe à l’époque François Moslay), à peine âgé de 22 ans et réfugié comme elle. Elle sera diffusée sur Radio Lausanne, Radio Genève et même sur Radio Londres !Peu après, un nouveau drame vocal la frappe. A cinquante ans, Marie a des problèmes dans les médiums, car elle a trop forcé avant la guerre. Élever et baisser la voix sur commande, donner de la puissance pour chanter dans les grandes salles, sans micro, tout en dansant, sont des traitements que les cordes vocales ne peuvent ­supporter sans dommages… De plus, elle apprend que sa sœur Rachel a été fusillée. Après ce choc moral, on peut dire que son retour à Paris après la Libération, en janvier 1945, n’est pas placé sous le signe de la gaieté.Pourtant, ses disques repassent à la radio depuis le mois de décembre et Marie doit remonter sur la scène de l’A.B.C. dès le 19 janvier, car Mitty Goldin, qui reprend sa place perdue en 1940, lui offre la vedette de “La revue V !”. Le spectacle se termine par le tour de chant de Marie Dubas, qui a changé de coiffure. Elle porte désormais les cheveux bouclés et roux. Saluée dès son entrée par une ovation, elle enchaîne ses classiques et ajoute trois nouveautés : “Les cloches de la Libération”, “Souvenirs d’enfance” et “Ce soir je pense à mon pays”. Elle crée également “J’m’ens fous pas mal” avant Édith Piaf. Peu après, elle enregistre dans un studio privé une chanson tout à fait dans l’air du temps : “Les voilà !”, accompagnée au piano par le compositeur Louiguy.

Mais Marie a du mal à refaire surface, car ces cinq ans d’absence de Paris l’ont coupée de la nouvelle génération du public et des auteurs de chansons. Face à l’invasion du boogie-woogie, elle continue à défendre le style français qu’elle a toujours su exprimer avec tant de finesse. A force de travail, sa voix revient progressivement, sans toutefois atteindre sa tessiture passée. Son répertoire évolue en conséquence vers celui d’une diseuse-comédienne, qui mêle voix parlée et voix chantée. Sa rentrée au Théâtre de l’Étoile, le 1er mars 1946, lui permet de renouer avec le succès.Marie Dubas devient alors une artiste isolée dans le courant ambiant, une sorte de musée vivant de l’époque 1930, comme le fut avant elle Yvette Guilbert pour l’époque 1900. Son public l’aime pour sa fidélité à elle-même et son refus de la concession. Mais elle sait rester avant tout une fantaisiste et c’est précisément l’image que l’on conservera d’elle, même si elle est partiellement erronée, car la mémoire populaire se souvient plus difficilement des artistes inclassables…Malgré son refus obstiné de revenir devant le micro des studios d’enregistrement, ce qui lui causera un tort commercial certain, elle paraîtra dix-huit fois à Paris, en tête d’affiche de music-hall ou théâtre en treize ans. Elle ne cessera en effet sa carrière qu’en 1958, lorsque la maladie l’empêchera de continuer toute activité artistique. Et elle vivra recluse durant quatorze ans entourée de ses proches, jusqu’à sa disparition le 21 février 1972.
Martin Pénet
Source : « Marie Dubas »par Robert De Laroche

L’ART DE MARIE DUBAS DE LA SCÈNE AU DISQUE
Raconté par son fils, François Bellair-Dubas
Pour apprécier les disques de Marie Dubas, un effort d’imagination s’impose. Il faut en effet regarder les photos de l’artiste, puis fermer les yeux pour la voir évoluer sur scène, en comédienne autant que chanteuse, mimant chaque phase, détaillant chaque mot.A vrai dire, Marie n’aimait pas voir son art figé. C’est pourquoi elle détestait ses disques et ses rares courts métrages. Sollicitée à plusieurs reprises, elle accepta, puis refusa, de tourner dans des films de long métrage. Son aversion presque maladive pour l’enregistrement ne l’empêcha tout de même pas de réaliser quelques grandes réussites sur disque : “Quand je danse avec lui”, “La Charlotte”, “Le tango stupéfiant” ou encore “Mon légionnaire”.Cas unique dans toute sa carrière, les dix faces gravées chez Columbia au cours de l’année 1927 – dont elle ne laissa paraître que “L’amour est un jeu”, tiré de l’opérette “La petite dame du train bleu” – nous permettent de suivre son activité du moment. On y trouve en particulier les six chansons qui composaient son premier tour de chant à l’Olympia en septembre 1927.La toute première version de “Pedro”, restée inconnue jusqu’à maintenant, fait partie de cette série d’enregistrements. Dans cette chanson, qui fut surtout un merveilleux prétexte à son sens de la caricature et du burlesque, il faut l’imaginer dansant d’un bout de la scène à l’autre. La comparaison avec l’enregistrement qu’elle en fit quatre ans plus tard chez Odéon est instructive. En effet, on y trouve toujours la même fougue, mais on perçoit également comment, en disciplinant et en contrôlant ses élans, elle avait suivi les conseils des critiques enthousiastes qui célébrèrent ses débuts en fanfare dans le tour de chant.Les enregistrements suivants, faits chez Odéon – mis à part l’inédit rescapé d’une séance Pathé (“Déjà” de Paul Colline) – nous permettent de la suivre, à l’Empire, puis au Casino de Paris, à Bobino et à l’Européen, entre 1929 et 1932. Elle a gardé l’air de Rip “Mais qu’est-ce que j’ai ?”, petit chef d’œuvre d’humour grivois dont le célèbre revuiste était coutumier. Dans sa parodie de “Butterfly” transposée au Maroc, elle se déchaînait aussi dans une bouffonnerie de haute graisse. Ce qui ne l’empêchait pas d’enchaîner avec ce “Doux caboulot”, de Francis Carco, créé à l’Empire un soir d’octobre 1931. Il n’est sans doute pas inutile de préciser que cette incursion de la poésie au music-hall précède les chansons de Mireille et Jean Nohain, et a fortiori celles de Charles Trenet.Son tour de chant, toujours construit sur le principe – aussi visuel fût-il – de l’opposition et de la plus grande diversité, permet à celui qui sait l’écouter de voir défiler une galerie de portraits. Chaque chanson campe en effet un nouveau personnage : de la pauvre fille bébête et rusée (“J’suis bête”) à la parigote pur sucre qui règle son compte à son amant en variant à chaque fois l’intonation (“Ça m’fait mal”), en passant par la luronne de “C’est si bon quand c’est défendu” (sa chanson d’entrée).Elle se renouvelle de chanson en chanson et ne cessera de le faire jusqu’à la fin de son tour de chant. Sa fantaisie est le don qui lui permet d’aborder tous les genres, tous les styles, tout en conservant une unité, qui est celle de sa personnalité, faite d’ironie et de tendresse. C’est ce qui la conduisit à oser graver le poème de Rictus “La prière de la Charlotte” en 1933 et d’obtenir, malgré elle, un grand succès discographique. La mise en scène sonore, hardie pour l’époque, contribue à la réussite de l’ensemble.

A côté de ce succès, qui reste définitivement attaché à son nom, il faut signaler les grandes interprétations que Marie Dubas refusa définitivement de graver. Tout d’abord “La mauvaise prière”, dont elle apporta le texte au musicien “sérieux” Louis Aubert et qu’elle créa dans son récital au Théâtre des Champs-Elysées en 1933. Damia la mit à son répertoire deux ans plus tard et l’enregistra sur les conseils du directeur de Columbia. Elle en donna une version magnifique, très différente de celle de Marie. Cette dernière était superbe si l’on en croit les témoins, comme Georges Van Parys qui l’évoque dans son journal Les jours comme ils viennent.Hélas, aucune trace non plus de “Ernest éloignez vous”, qui avait tant diverti Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre à Bobino vers 1930 et dont elle garde le souvenir dans La force de l’âge. Rien ne permet non plus d’évoquer “Les godillots sont lourds”, vieille chanson dont Marie donnait une version si forte sur la scène de l’Empire, et enfin “J’suis obsédée”, dont Colette parle dans La jumelle noire en 1936.Après “La prière de la Charlotte”, Marie livra à ses admirateurs une autre réussite incontestable, une chanson pourtant très jouée et visuelle : “Les vieilles cancanières” ou “Croyez-vous ma chère !”. Dans cette série Columbia qui va de 1933 à 1937, c’est la Marie Dubas de l’A.B.C. que nous suivons. Beaucoup de titres ne sont jamais parus à l’époque en 78 T, refusés par elle pour des raisons qui vraiment nous échappent, de l’adorable “Java d’un sou” à la loufoquerie quasiment surréaliste du “Tango stupéfiant”. Enfin, avec la création de “Mon légionnaire” et du “Fanion de la Légion”, elle trouva à nouveau deux succès qui furent immédiats et de longue durée, dans le registre dramatique et épique.On sait l’immense admiration qu’Édith Piaf a éprouvé lorsqu’elle a vu pour la première fois Marie Dubas sur scène à l’A.B.C. Elle a gardé ce culte – le mot n’est pas trop fort – jusqu’à son dernier jour. C’est à l’A.B.C., juste avant son premier passage en mars 1937, qu’elle est venue matinées et soirées (il y avait alors matinées tous les jours et deux fois le dimanche !) entendre Marie Dubas.  Ce “choc” artistique, elle l’a écrit dans un article mémorable en première page du journal Opéra en janvier 1947. Elle l’a redit sur la scène de l’Alhambra lors de l’émission “La joie de vivre” consacrée à Marie Dubas en 1954. Elle l’a manifesté à nouveau dans un enregistrement fait à New-York l’année suivante. Elle l’a exprimé encore sur les antennes l’Europe n°1 en 1960, dans un entretien qui les réunissait toutes les deux. Belle preuve de fidélité…

C’est sur les conseils de Raymond Asso, qu’elle mit à son répertoire “Mon légionnaire” et “Le fanion de la légion”, un an après leur création par Marie Dubas. Enregistrées par celle-ci deux mois après leur première interprétation sur scène, les deux chansons étaient devenues des “tubes” (comme on ne disait pas à l’époque) au point que Marie Dubas accepta de tourner un court-métrage de “Mon légionnaire” (sorte de clip avant la lettre) pendant l’été 1936, qui fut projeté en salle dans la France entière.Il aura fallu la période de la guerre, l’absence de Marie pendant cinq ans (et l’interdiction de diffuser ses disques à la radio durant toute l’occupation) pour que le glissement se fasse dans la mémoire collective – en partie du moins – de ces deux chansons vers Édith, justifiée il est vrai par l’interprétation poignante qu’elle en a donné.“Le Tango stupéfiant”, non paru à l’époque, est une des meilleures réussites “comiques” de Marie et l’enregistrement permet d’en savourer toute la cocasserie. C’est un “drame gai”, une des clefs de l’art de Marie Dubas, souvent rapproché de celui de Charlie Chaplin. “Doudou la terreur”, dont il ne nous a pas été possible de retrouver un exemplaire du test, aurait dû figurer au dos de ce 78 T, s’il était sorti à l’époque. Un disque souple de travail, enregistré sur un appareil d’enregistrement privé, permet d’évoquer cette chanson perdue, avec l’espoir de retrouver un jour la gravure Columbia.Les trois derniers titres gravés en 1937 et non commercialisés à l’époque, ont été créés à l’A.B.C. au même moment. Adaptation française d’une chanson américaine, “Monsieur est parti en voyage”, enregistré sur un tempo jugé trop rapide par Marie Dubas, fut refusé par elle pour cette raison. Édith, un jour de l’Occupation, la chanta à la radio alors que Marie avait quitté la France.Les inédits de la Radio Suisse Romande sont un témoignage précieux – ô combien ! – de l’art de Marie Dubas. Après la présentation magnifique de Gilles (futur auteur des “Trois cloches”, vedette populaire dans les années 30 par le duo qu’il forma avec Julien et gloire nationale Suisse), c’est la Marie Dubas sur scène que vous allez découvrir. Le gala daté du 12 novembre 1942 est la seule trace connue à ce jour de son activité pendant les années d’exil. Qui pourrait deviner en l’entendant qu’elle vivait les heures parmi les plus dramatiques de sa vie : son pays entièrement envahi le jour-même, son fils resté à Nice, très gravement malade, dont elle était sans nouvelles ?“Vive la chanson française” fut le manifeste qu’elle proclama durant quatre ans au Brésil, au Portugal, en France dans la zone dite libre et en Suisse. Elle en avait écrit en partie les paroles. “Quand on vous aime comme ça”, offerte par Yvette Guilbert, faisait partie de son répertoire depuis 10 ans. “Le vieux phonographe” de Rosemonde Gérard est une blague sur les chansons d’amour. Enfin, le “Pot-pourri 1910” d’Henri Jeanson, créé en 1930, qu’elle terminait en dansant le cancan et le cake-walk, aura accompagné toute sa carrière, jusqu’en 1958.En 1944, les jeunes François Reichenbach et Philippe Gérard lui apportèrent “Ce soir je pense à mon pays”, qu’elle chantait ou qu’elle disait, avec toute l’émotion de l’éloignement. Enfin, à son retour à Paris, Louiguy lui apporta “Les voilà !”. Ce document de répétition, qu’il nous a semblé nécessaire de mettre en conclusion de cette intégrale, annonce sa seconde carrière, celle de l’après-guerre.Durant toute cette nouvelle carrière (1945 – 1958), Marie Dubas a totalement cessé d’enregistrer, malgré les propositions de Columbia et de Decca, jusqu’à l’époque du microsillon. Mais de nombreux documents inédits subsistent, tirés d’émissions de radio, souvent en public, ce qui justifierait pleinement la parution d’un coffret de deux CD, second volume de cette intégrale. On y trouverait par exemple une version ­complète de “Pedro”, c’est à dire avec le troisième couplet qu’elle n’enregistra jamais mais qu’elle chanta toujours.
François Bellair

Remerciements : La Radio Suisse Romande et particulièrement Madame Annie TEUMA, sans lesquelles nous n’aurions pu faire figurer les précieux inédits de Maris DUBAS dans le coffret.Monsieur Jean-Marc ERNI pour ses recherches, ses conseils, et son amitié agissante.

ENGLISH NOTES 

If we had relied on her alone, we should today have possessed not a single record by Marie Dubas.  Devoured by her love of the stage and the direct contact with her audiences, she never felt the desire to record; and, of the sides she did reluctantly cut, she sanctioned for commercial release only about half of those we have been able to assemble for this double-CD.The various companies who took her under contract managed to get her to record some 60 sides in the ten years 1927 to 1937, and all of those we have been able to trace (regrettably, only about two thirds of the total) are presented here.We are, however, delighted to have been able to add some live or studio recordings from her years of exile (1940-45), hence providing as complete a panorama as possible of her career up to and including her return to Paris in 1945.Marie Dubas’ place in the history of French song is considerably more important than her faded reputation would have us believe, for her career slots naturally but crucially between those of Yvette Guilbert and Edith Piaf.From the day she was born in Paris on 3 September 1894, Marie Dubas enjoyed a harmonious family life, all her brothers and sisters being musicians.  Her father, a Jew of Polish origin, was a tailor, but the family’s meagre resources never prevented them from going to the theatre every Saturday night.  Much more fascinated by the stage than by her studies, Marie dreamt of an acting career.Having begun work in her father’s workshop at the age of 14, she could soon afford drama lessons, and within a few months had joined the troupe of the neighbourhood theatre of which Paris then boasted so many.  She displayed a talent for acting that made her the pride of the family, but the outbreak of World War I caused the temporary closure of theatres and she had to wait until their reopening to pursue her stage career.  Directors were by this time concentrating on staging revues to entertain troops on leave, and Marie Dubas was the sort of talented young artist they were seeking, except of course that she now also had to learn to sing and dance.In the spring of 1916, Marie (temporarily calling herself the more fashionable “Mary”) got herself a job as an extra in a Folies Bergère revue starring Mistinguett.  By 1917, she was a member of the cast at the opening of Le Perchoir cabaret, and it was here she met the man who profoundly affected her youth: poet, novelist, musician and actor Pierre Alin.  After three years at Le Perchoir and a brief spell at La Cigale, Marie was engaged by the Cluny theatre, where the demands on her singing enabled her to develop the potential of her voice.  She was now about to marry Pierre Alin, but he was killed in a train crash, leaving Marie distraught.Successive engagements at the Casino de Paris found Marie appearing alongside Maurice Chevalier, then the legendary Mistinguett.  In early 1923, she was invited to play a secondary role in a Sacha Guitry musical comedy, earning herself enthusiastic reviews.  By March 1924, she was playing one of the leads in a Franz Lehar operetta and at last beginning to establish a real reputation.  Other operettas and musical comedies followed, but in late 1926 Marie suffered serious voice problems and was diagnosed as having polyps on her vocal cords.  She made little short of a miraculous recovery, however, and by May 1927 was premiering a Georges Van Parys-Philippe Parès operetta in Brussels.  The two young authors also happened to be artistic directors with the Columbia record company, and when the show was preparing to transfer to Paris’s Eldorado Theatre the following October, the two men decided to support the opening by having Marie record three of the leading numbers, among them L’Amour est un jeu.Marie was by now being advised to concentrate on a solo career, and in September 1927 she scored a huge hit at the Paris Olympia, hence motivating Columbia to set up two further recording sessions that November.  At the same time she was also having to honour her Eldorado contract, and, when the operetta closed after a hundred performances, she even stayed on at the same theatre to appear in a play that offered her a solo singing interlude.  Like other successful artists, she was now undertaking parallel engagements, and, after the Eldorado show finished each night, she would dash off to Paris’s famous Chez Fysher cabaret to appear there as well.Booking followed upon booking.  March 1928, the Folies Wagram.  Summer 1928, the Folies Marigny and the beginning of a four-year love affair with writer Pierre Benoît.  October 1928, the toughest test of all, the one capable of making or breaking an artist: the traditional two-week stint at Paris’s 3,000-seat Empire Theatre in the Avenue Wagram.  Late 1928, star billing in the new revue at the Concert Mayol.  March 1929, a recording session for Pathé.  May 1929, a fresh engagement at the Casino de Paris.  And November 1929, a further 14-day stretch at the redoubtable Empire.The novelty and success of Marie’s carefully crafted Empire programme spurred Odéon, the top record company of the day, to invite her to cut a series of tests in March 1930.  The results earned her a two-year exclusive contract.  There remain just two titles from this trial session, both of which would be commercially recorded, along with two further titles, the following October.By 2 October 1931, after a number of other lucrative engagements, Marie Dubas was back at the Empire with a completely new programme.  The following year, encouraged by her earlier experience at Chez Fysher, she undertook to appear at the select Champs Elysées nightspot, the Embassy.  In March-April 1932, the Bobino snapped up her services, as soon did the Européen.  But by 7 May she was back on the stage of the Casino de Paris, starring in a new-style revue produced to replace a costly Mistinguett spectacular.Public acclaim of this revue and the approaching conclusion of her Odéon contract inspired Columbia to add Marie to its already rich roster of singers, and by the Christmas of 1933 the company had issued the double-sided Prière de la Charlotte, one of the few dramatic songs in her repertoire.The first such artist to dare tackle the recital format, Marie Dubas created a landmark in the history of French song.  To face an audience for two solid hours, alone on stage (except for her accompanist) and without the aid of a microphone, was a challenge no-one, least of all a woman, had dared envisage.  Yet, having first licked her act into shape in Amsterdam, Brussels and Barcelona, on 20 March 1933 at the Théâtre des Champs Elysées Marie Dubas staked her reputation on a single evening’s performance, offering her new audience no fewer than 35 songs and poems.  The reception was most heartening.Barely rested, Marie followed up with appearances at the Alhambra, Bobino and Européen.  Such constant bookings had made her aware that, for success to endure, she needed constantly to renew her repertoire, an exercise she went through meticulously at least every six months.  And to improve her act she did not hesitate to resort to the services of a dancer-choreographer or even a singing teacher.In September-October 1933, Marie replaced top-of-the-bill Josephine Baker at the Casino de Paris in a revue specially remodelled to allow her to feature her own solo act.  She followed this with an appearance at the Européen, but her mind was already on a more ambitious project: to combine song and classical music, and hence reach out towards a different public.  Consequently, on 4 February 1934 she faced the elitist audience of the Théâtre des Champs Elysées with a recital of two poems set to music and nine of the twelve songs comprising the difficult Chansons enfantines penned by Nino and Rosenthal, the latter an ex-pupil of Ravel.  She was backed by an 80-piece orchestra conducted by Rosenthal himself.  The performance aroused such enthusiasm that Ravel, present in the audience, took the trouble of going to her dressing room to congratulate her.Columbia lost no time in cashing in on the success, and four days later had Marie record five of the Chansons de Monsieur Bleu songs, again with the composer conducting.  All five are included here.  This “classical” interlude in her career would have no real future, for she was soon back on the revue circuit, but now at least managing to slip in one or two of the more ambitious songs between music-hall numbers.Paris’s famous ABC opened its doors for business on 20 April 1934, and, in line with the policy at the Empire, at first it put on a new show every two weeks.  The second of these ABC shows, which ran from 18 to 31 May, featured Marie Dubas.The following December, Marie toured Morocco, where she met and fell in love with a young air-force lieutenant by the name of Georges Bellair.  She was so head over heals that she cancelled all her engagements and took a month’s romantic holiday, the only real break in a 50-year career.  1935 witnessed a return to the boards of the ABC (February and December), Bobino, Européen and Empire.  Although now at the peak of her popularity, Marie was sanctioning release of an ever-diminishing quantity of the records she was making for Columbia.  Consequently, after D’amour et d’eau fraîche, not a single one of the many cuts was actually issued, and it would be the LP era of the 1960s before the session of 25 June 1935 finally saw the light of day.In late 1935, Marie employed as secretary a young man by the name of Raymond Asso, who in his spare time was writing songs set to music by a pianist friend called Marguerite Monnot.  Two of the first three songs penned by this Asso-Monnot team, Le fanion de la légion and Mon légionnaire, so caught Marie’s fancy that she began including them in her repertoire and in May 1936 allowed herself to be persuaded by Columbia to record them (on condition their length be respected, which meant they had to be issued on 12-inch 78s).  The ABC had in the meantime become the testing ground of public popularity, and, when Marie featured the two songs there (the latter the only dramatic work then in her repertoire), she scored a triumph, filling the place to capacity throughout the summer.By March 1937 Marie was back at the ABC in a new show, and it was here that Edith Piaf heard her, in the process becoming her number-one fan.  After further appearances at the Bobino and Européen, in June Marie starred in yet another new show staged by the ABC, but had to leave before it had completed its run because she was pregnant.  Fiercely independent, she still held out against actually marrying the doting Georges Bellair, but on 15 February 1938 did present him with a son, François.Marie was soon back on the stages of the ABC and Bobino, however, and in early 1939 even managed to squeeze in an appearance at the Moulin Rouge.  That summer of 1939, she embarked upon a tour of Latin America, her appearances in Buenos Aires and Rio de Janeiro bringing her face to face with non-French-speaking audiences for the first time and obliging her to adapt her repertoire accordingly.  She was also singing three times a week on the radio, hence discovering the use of microphones, which were also proving an indispensable accessory in theatres too, for audiences were less disciplined than back home in France.In early 1940 Marie set sail for Portugal, and subsequently moved on to Morocco.  By now, the Germans were firmly installed in “Vichy France” and the Jewess Marie Dubas had been proclaimed a forbidden artist.  This meant she could return only to “Free Zone” France, where eager directors proved only too keen to acquire her services.  But the rounding-up of Jews was growing in momentum, even in these more southern areas, and Marie, together with her pianist Ralph Carcel, finally had to seek refuge in Switzerland.By November 1942, Marie was appearing at Geneva’s Moulin Rouge, and Radio Suisse Romande paid tribute to her by broadcasting one of her concerts.  The highlights of this broadcast are included here and offer a fascinating insight into Marie Dubas’ stage (as opposed to studio) work.  In February 1943, she opened in a revue at the Théâtre Municipal de Lausanne, accompanied by the house pianist, Marcel Genton.  Little did she then know that Genton would remain with her for the rest of her career, the next two years of which would be centred on Lausanne.During 1944, Marie Dubas’ life took two dramatic turns: her over-solicited voice began to let her down in the middle register, and she learned that her sister Rachel had been shot.  Consequently, by the time she was able to return to post-Liberation Paris in January 1945, it was in an atmosphere of adversity and sadness.  But her records were now once again being played on French radio and she was soon back on the stage of the ABC, earning herself an enthusiastic ovation.  No doubt encouraged, she was tempted into making a private recording of a popular song of the day, Les voilà, accompanied at the piano by the composer.However, despite a successful engagement at the Théâtre de l’Etoile in March 1946 using a half-talking half-singing technique to compensate for her voice problems, Marie would never quite make it back.  Inevitably, after five years’ absence, public tastes had undergone irreversible change.  Moreover, she obstinately refused to return to the recording studios, thus wrecking any remaining hope of making a fully-fledged comeback.  Marie did nevertheless take care of 18 top-of-the-bill music-hall or theatre engagements in Paris over the next 13 years, not finally abandoning her show-business career until forced to do so by illness in 1958.After living as a near-recluse for a further 14 years, Marie Dubas died on 21 February 1972.
Adapted by Don Waterhouse from the French text of Martin Pénet
© FREMEAUX & ASSOCIES SA 1996

Notes discographiques 

La perfection n’est certes pas de ce monde et cette “intégrale phonographique” de Marie Dubas n’en est pas une au sens strict. Il aurait en effet fallu pouvoir disposer de toutes les épreuves des faces dont Marie refusa la commercialisation. Ce fut en effet le triste sort de beaucoup d’entre elles – beaucoup trop diront ses admirateurs.Voici donc les titres qui ont pu être identifiés, mais que vous ne pourrez sans doute hélas jamais entendre (si toutefois vous être l’heureux possesseur d’une épreuve inédite, n’hésitez pas à nous en faire part…) :Les premiers enregistrements de l’opérette “La petite dame du train bleu” de mai 1927 chez Columbia :- “On trompe son mari” (matrice WL 465) qui existe par Lucienne Boyer- “T’aimer librement” (matrice WL 464-1) dont la deuxième version figure dans ce coffretUne première version de “Mais qu’est-ce que j’ai ?” gravée chez Columbia en décembre 1927 (matrice WL 752)Plusieurs faces aux titres inconnus gravées chez Pathé début mars 1929 (matrices 201 615, 201 618 et 201 619)Une autre version de “Ça m’changerait” chez une marque inconnue vers 1929 (matrice RH 540)Une version de “Butterfly tox” enregistrée en deux faces (matrices Ki 3990 et Ki 3991) chez Odéon au cours de la séance de décembre 1930, ainsi qu’une autre face au titre inconnu (matrice Ki 3992)Deux faces inconnues (matrices Ki 4106 et Ki 4107) dont peut-être le titre “Rupture” gravés chez Odéon au cours de la séance du 17 février 1931Une face inconnue (matrice Ki 5353) chez Odéon le 7 avril 1932 (sans doute “Le 31 du mois d’août”) et une autre (matrice Ki 5412) fin mai 1932 (sans doute “Marie Marie”, tiré de la revue “Sex appeal Paris 32”)Le titre “Tu me plais” (matrices CL 4693-1 et -2), gravé chez Columbia lors de la séance du 8 février 1934, ainsi que deux titres de la séance du 11 mai :- “Comme tout le monde” (matrice CL 4861) (musique de Maurice Yvain et paroles d’Henri-Georges Clouzot, à ne pas confondre avec la chanson homonyme que Paul Misraki composera en 1938)- “Les filles de Lorient” (matrice CL 4862)Un inédit de la séance du 13 mai 1936, qui aurait dû être couplé avec “Le tango stupéfiant” chez Columbia :- “Doudou la terreur” (matrice CL 5731)Enfin, une unique face gravé pour Gramophone le 13 mai 1937, intitulée “Guinguette” (matrice OLA 1805), qui aurait dû figurer semble-t-il au dos d’un disque publicitaire pour l’exposition de 1937 (d’après une indication des feuilles de studio)Par ailleurs, nous avons écarté certaines faces commercialisées à l’époque :Les seules faces sorties chez Pathé en 1929 (disque N° X 3695), deux titres que l’on retrouve chez Odéon deux ans plus tard, dans de bien meilleures conditions techniques et artistiques :- “Pedro” (matrice N 201 616-1)- “Mais qu’est-ce que j’ai ?” (matrice N 201 620-1)Les trois extraits de l’opérette de Franz Lehar “La danse des libellules” que Marie grava chez Gramophone le 20 juin 1924. Il s’agit de ses tous premiers enregistrements, avant qu’elle n’aborde définitivement de tour de chant. Mais la qualité technique de la prise de son acoustique rend leur écoute assez pénible et peu éloquente. De sorte que nous avons préféré privilégier la réédition d’enregistrements inédits des années 1930, qui montrent des facettes méconnues du talent d’une chanteuse à la plénitude de son art. Les inconditionnels pourront tout de même les écouter sur le volume consacré à Marie Dubas de la collection “Chansophone” :- “Bambolina” (duo avec Félix Oudart) matrice BP 247- “Les papillons” (duo avec Félix Oudart) matrice BP 246-1- “Toi ! Toi ! Toi !” (trio avec Marthe Ferrare et Jacques Vitry) matrice BP 243-2
Remerciements : Marc Monneraye (pour son aide précieuse dans la discographie et sa datation) Ainsi que les collectionneurs Lionel Risler, Michael E. Gunrem, Daniel Nevers, Yves Picou pour les disques qu’ils nous ont prêtés.
CD 1
Columbia (juin 1927) :
1.         L’amour est un jeu (de l’opérette “La petite dame du train bleu”) (Orch.?non identifié)(m : Georges Van Parys / p : Philippe Parès) – WL 463 – D 6255          2’42
Columbia (env. 12 novembre 1927) :
2.         T’aimer librement (de l’opérette “La petite dame du train bleu”) (Orch. non identifié)  (m : Georges Van Parys / p : Philippe Parès) – WL 748-1 – Inédit         2’57
3.       Pedro (Orch.?non identifié) (m : J. Gey / p : Jean Rodor) – WL 747-1 – Inédit      2,45
4.       Marguerite (Orch. non identifié) (m : Maurice Roget / p : Domingo) – WL 749-1 – Inédit          2’42
Columbia (14 novembre 1927) :
5.        Lise (au piano : probablement Georges Van Parys) (m : E. Mathé / p. H. Bernard) – WL 750-1 – Inédit       2’55
6.        Ça changerait (de l’opérette “P. L.M.”) (au piano : probablement Gorges Van Parys)   (m : H. Christiné / p : Rip) – WL 751-1 – Inédit           3’00
7.       Ça fait peur aux oiseaux (au piano :  probablement Georges Van Parys) (m : P. Bernard / p : G. d’Onquaire) – WL 753-1 – Inédit       2’13
Pathé (début mars 1929) :
8.       Déjà (Orch.?dirigé par Paul Nast)(m : Maye / p : Paul Colline) – 201 617-1 – Inédit      3’11
Odéon (vers mars 1930) :
9.       Quand je danse avec lui (au piano : Ralph Carcel) (m : Eblinger / p : Gabriello) – TEST 330 – Inédit       2’49
10.          Les houzards de la garde (au piano : Ralph Carcel) (Trad.) – TEST 331 – Inédit 2’53
Odéon (fin octobre 1930) :
11.       C’est si bon quand c’est défendu (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (m : Maurice Roget / p : Paul Colline) – KI 3726-1 – 166 360     2’51
12.      Quand je danse avec lui (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (m : Eblinger / p : Gabriello) – KI 3727-1 – 166 360 3’34
13.      Les housards de la garde (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (Trad. / Arr. : Ralph Carcel) – KI 3728-1 – 166 361         2’53
14.      La chanson du roulier (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (Trad. / Arr. : Ralph Carcel) – KI 3729-1 – 166 361 2’09
Odéon (décembre 1930) :
15.    Pedro (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (m : J. Gey / p : Jean Rodor) – KI 3993-2 – 166 389        2’44
Odéon (17 février 1931) :
16.        Piano – Méditation (au piano : Ralph Carcel) (m : Ralph Carcel / p : Paul Géraldy) – KI  4102-2 – Inédit      3’18
17.      Ça m’fait mal (au piano : Ralph Carcel) (m : Eblinger / p : Jean Lenoir) – KI 4103-2 – 166 405   3’23
18.      Butterfly Tox (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (m & p : Albert Evrard) – KI 4104-2 – 166 389        3’14
19.      Quand la dame… (au piano : Ralph Carcel) (m : Fietter et Gabaroche / p : Philo) – KI 4105-1 – 166 405        2’42
Odéon (7 avril 1932) :
20.     La java du crochet (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (m :Raoul Moretti / p : Albert Willemetz & Charles – Louis Pothier) – KI 5354-2 – 166 527          3’29
21.      J’suis bête (au piano : Ralph Carcel) (m : Georges Charton / p : Georges Colias) -KI 5355 – 166 527  3’11
Odéon (fin mai 1932) :
22.   Mais qu’est-ce que j’ai ? (au piano : Ralph Carcel) (de l’opérette “P.L.M.”) (m : Henri Christiné / p : Rip) – KI 5408-1 – 166 526       2’28
23.          Le doux caboulot (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (m : Jacques  Larmanjat / p : Francis Carco) -KI 5413-1 – Inédit          2’48
Odéon (fin juin 1932) :
24.   Le doux caboulot (au piano : Ralph Carcel) (m : Jacques Larmanjat / p : Francis Carco) – KI 5471-1 – 166 553    1’42
25.      Rengaine (au piano Ralph Carcel) (m : Jacques Larmanjat / p : Francis Carco) – KI 5472-1 – 166 553    1’32
Odéon (21 novembre 1932) :
26.      Son voile qui volait (de la revue « Sex appeal Paris 32”) (Orch. dirigé par Ralph CarceL) (Trad.) – KI 5352-6 – 166 526   2’54
TOTAL CD 1 :     73’59CD 2
Columbia (14 novembre 1933) :
1.        Prière de la Charlotte (poème de Noël) (Orch. dirigé par Pierre Chagnon)(m : Ralph Carcel / p : Jehan Rictus) – CL 4550-2 + CL 4551-1 – DF 1355 6’16
Columbia (8 février 1934) :
2.        Les chansons du Monsieur Bleu (Orch. dirigé par Manuel Rosenthal) (m : Manuel Rosenthal / p : Nino) – CL 4691-2 + CL 4692-1 – DF 1438 (Arithmétique – Grammaire – Le chien Fido – Le naufrage –  Le petit chat est mort)  5’58
3.        Croyez-vous ma chère ! (Orch. dirigé par Pierre Chagnon) (m : H. Ackermans / p : Louis Poterat) – CL 4694-2 – DF 1540          2’54
Columbia (11 mai 1934) :
4.       D’amour et d’eau fraîche (du film homonyme) (Orch dirigé par Ralph Carcel) (m : Jean Delettre / p : Félix Gandéra) – CL 4863-2 – DF 1540        3’26
Columbia (25 juin 1935) :
5.    C’est toujours ça de pris (Orch. dirigé?par Pierre Chagnon) (m : Maurice Yvain / p : Max Blot) – CL 5436-1 – Inédit      3’01
6.        La java d’un sou (du film « Escales ») (Orch. dirigé?par Pierre Chagnon) (m : J. Batell / p : A. Valray) – CL 5437-1 – Inédit  3’11
7.        On ne sait pas qui l’on est (Orch. dirigé?par Pierre Chagnon) (m : Jean Delettre / p : Michel Emer) – Test 000 – Inédit   2’50
Columbia (13 mai 1936) :
8.          Le tango stupéfiant (Orch. probablement dirigé par Adolphe Deprince) (m : Ralph Carcel – Philippe Olive / p : Henri Cor) –  CL 5730-1 – Inédit   2’45
Columbia (20 mai 1936) :
9.          Mon légionnaire (Orch. dirigé par Marcel Cariven) (m : Marguerite Monnot / p : Raymond Asso) – CLX 1922-1 – DFX 208       4’30
10.    Le fanion de la légion (Orch. dirigé par Marcel Cariven) (m : Marguerite Monnot / p : Raymond Asso) – CLX 1921-1 – DFX 208   4’01
Columbia (20 avril 1937) : 
11.      Monsieur est parti en voyage (Orch. dirigé par Lionel Cazaux) (m : Mickael Carr / p : Jacques Larue) – CL 6153-1 – Inédit     3’19
Columbia (7 mai 1937) : 
12.     Dépêche-toi de m’aimer (Orch. dirigé par Lionel Cazaux) (m : Ralph Carcel / p : Pellerin) – CL 6179-1 – Inédit    3’04
13.     Les nains (Orch. dirigé par Lionel Cazaux) (m : Jean Lenoir / p : Jacques Larue) – CL 6180-1 – Inédit          2’48

Documents Inédits :
Enregistrement privé sur disque souple :
14.          Doudou la terreur (1936) (au piano : Ralph Carcel) (m : Jekyll / p : Marc Hély) – Souple « Soubitez »          3’07

Concert en suisse – Emission “Entrée Libre” (12 novembre 1942) (au piano : Ralph Carcel) :
15.     Présentation de Gilles – Archives Radio Suisse Romande 2’33
16.     Vive la chanson française (Liger Bellair) – Archives Radio Suisse Romande        2’29
17.     Quand on vous aime comme ça (m : Yvette Guilbert / p : Paul de Kock) – Archives Radio Suisse Romande      2’30
18.      Le vieux phonographe (m : Tiaoko Richepin / p : Rosemonde Gérard) – Archives Radio Suisse Romande    2’18
19.      Le pot-pourri 1900 (m : Ralph Carcel / p : Henri Jeanson) – Archives Radio Suisse Romande           5’37

Enregistrement privé en studio (Lausanne – printemps 1944) :
20.      Ce soir je pense à mon pays (au piano : Marcel Genton) (m : Philippe Gérard / p : François Reichenbach)          4’06
Enregistrement privé en studio (Paris – printemps 1945) :
21.      Les voilà (au piano : Louiguy) (m : Louiguy / p : Jacques Plante)       2’53
TOTAL CD 2 :     74’00

CD Intégrale Marie Dubas © Frémeaux & Associés (frémeaux, frémaux, frémau, frémaud, frémault, frémo, frémont, fermeaux, fremeaux, fremaux, fremau, fremaud, fremault, fremo, fremont, CD audio, 78 tours, disques anciens, CD à acheter, écouter des vieux enregistrements, albums, rééditions, anthologies ou intégrales sont disponibles sous forme de CD et par téléchargement.)


One Comment

  1. Je vais finir de voir tout cela plus tard

    lundi, juin 2, 2014 at 20 h 58 min | Permalink

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