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Un texte de Rimbaud retrouvé 138 ans après sa parution

Cela faisait près de 63 ans que l’on n’avait pas retrouvé de nouveaux textes du poète. Si bien que l’on pensait avoir tout lu de lui.

Et pourtant, presque 138 ans après sa parution dans Le Progrès des Ardennes un texte de Rimbaud a été retrouvé par un heureux cinéaste belge, Patrick Taliercio. Celui-ci voulait faire un documentaire sur le poète et en farfouillant chez un bouquiniste a découvert le précieux numéro du Progrès des Ardennes. En feuilletant le journal, il a découvert un article daté du 25 novembre 1870 signé par Jean Baudry, un des pseudonymes utilisés par Rimbaud alors qu’il rêvait de devenir journaliste.

Le poète y invente une « fantaisie » qu’il nomme « Le rêve de Bismarck ». Pour ceux qui en auraient déjà l’eau à la bouche voici un petit extrait du texte : « Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine ! Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d’avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse ! […] ».

Une trouvaille qui a de quoi laisser rêveur justement et l’on pourrait se prendre à croire et à espérer comme l’actuel biographe de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère « […] que d’autres inédits se cachent encore dans Le Progrès des Ardennes […] », d’autant plus que selon certains Le dormeur du val aurait été publié en premier lieu dans ce journal.

Allez, on vous fait un petit cadeau. En vous rendant sur le site arthurrimbaud.be vous pourrez télécharger au format PDF « Le rêve de Bismarck ». Il se trouve sur la troisième page du PDF. Vous pourrez aussi trouver un article très complet sur cette trouvaille en suivant le lien ci-avant.

Précision 1: Patrick Taliercio est en train de tourner un film documentaire intitulé « La seconde fugue d’Arthur Rimbaud ».

Précision 2 : le texte intégral « Le rêve de Bismarck » est à paraître dans le Revue Agone n°38-39 le 23 mai 2008 :

 http://atheles.org/agone/revueagone/agone38et39/ 

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L’inédit de Rimbaud est un faux !

L’auteur d’un des coups montés les plus audacieux de ces dernières décennies s’est manifesté sous le pseudonyme (d’un goût douteux) de « Jean Daube Rit ». De source indiscutable, l’imposture a été prouvée auprès d’un certain journaliste parisien collaborant à la rédaction d’une célèbre revue littéraire (et qui a préféré -on le comprend- garder l’anonymat). Le faux a été effectué grâce à la recomposition frauduleuse d’archives anciennes à l’aide de vieilles feuilles vierges (authentiques celles-là) ajoutées à la revue en question qui aurait été ensuite « retrouvée » chez un bouquiniste de Charleville-Mézières. Affaire à suivre…

Piégé comme les autres, Nabe hier soir dans l’émission de Taddéi sur France 3 a pour la première fois lu ce faux à l’adresse de millions de crédules :

LE RÊVE DE BISMARCK

C’est le soir. Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck, un doigt sur la carte de France, médite ; de son immense pipe s’échappe un filet bleu.

Bismarck médite. Son petit index crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l’ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.

A Sarrebruck, à Wissembourg, à Woerth, à Sedan, il tressaille, le petit doigt crochu : il caresse Nancy, égratigne Bitche et Phalsbourg, raie Metz, trace sur les frontières de petites lignes brisées, et s’arrête?

Triomphant, Bismarck a couvert de son index l’Alsace et la Lorraine !

– Oh ! sous son crâne jaune, quels délires d’avare ! Quels délicieux nuages de fumée répand sa pipe bienheureuse !

Bismarck médite. Tiens ! un gros point noir semble arrêter l’index frétillant. C’est Paris.

Donc, le petit ongle mauvais, de rayer, de rayer le papier, de ci, de là, avec rage, enfin, de s’arrêter? Le doigt reste là, moitié plié, immobile.

Paris ! Paris ! Puis, le bonhomme a tant rêvé l’?il ouvert, que, doucement, la somnolence s’empare de lui : son front se penche vers le papier ; machinalement, le fourneau de sa pipe, échappée à ses lèvres, s’abat sur le vilain point noir?

Hi ! povero ! en abandonnant sa pauvre tête, son nez, le nez de M. Otto de Bismarck, s’est plongé dans le fourneau ardent? Hi ! povero ! va povero ! dans le fourneau incandescent de la pipe?, Hi ! povero ! Son index était sur Paris !? Fini, le rêve glorieux !

Il était si fin, si spirituel, si heureux, ce nez de vieux premier diplomate !

– Cachez, cachez ce nez !

Eh bien ! mon cher, quand, pour partager la choucroute royale, vous rentrerez au palais

Voilà ! fallait pas rêvasser !

dès les premiers mots, c’est évident. Il s’agit d’un faux ! Le style est correct, mais sans talent aucun. Et puis bonjour le champ lexical de la poésie rimbaldienne : pipe, crochu, vieux… Comme le nez (vieux) au milieu de la figure (ronde)

Dan
 

champion du monde les gars,passez votre thèse en histoire et poésie..mais ça va ete just.

Mimiche
 
 
Après vérifications et confirmations, l’inédit de Rimbaud était bien un faux !

Un premier article suspect mais assez intriguant (reproduit ci-après) était apparu sur le NET à l’annonce de la découverte d’un texte inédit de Rimbaud :

L’auteur d’un des coups montés les plus audacieux de ces dernières décennies s’est manifesté sous le nom d’emprunt « Jean Daube Rit » (presque anagramme douteux du pseudonyme adopté par le jeune Rimbaud lui-même « Jean Baudry »). De source indiscutable, l’imposture a été prouvée auprès d’un certain journaliste parisien collaborant à la rédaction d’une célèbre revue littéraire (et qui a préféré -on le comprend- garder l’anonymat). Le faux a été effectué grâce à la recomposition frauduleuse d’archives anciennes à l’aide de vieilles feuilles vierges (authentiques celles-là) ajoutées à la revue en question qui aurait été ensuite « retrouvée » chez un bouquiniste de Charleville-Mézières. Affaire à suivre…

Piégé comme les autres, Nabe hier soir dans l’émission de Taddéi sur France 3 (le 19 mai 2008) a pour la première fois lu ce faux à l’adresse de millions de crédules !

Cet article publié sur plusieurs sites officiels était demeuré anonyme.

Puis dans un second temps le falsificateur -ou prétendu tel- s’est dévoilé dans les termes suivants à travers un autre article, dûment signé cette fois :

Voilà : je suis l’auteur de cette imposture qui est en train de prendre des proportions énormes. J’en frémis d’horreur. Et d’aise. Je n’en suis pas à mon coup d’essai il est vrai : j’avais déjà fabriqué des faux documents littéraires à propos de Maupassant et de Hugo, pour ne parler que des plaisanteries un peu consistantes (publiées sur support papier « authentique », donc)… Bien entendu mes potacheries n’avaient jamais marché, du moins pas au point de déranger les cercles officiels. Jusqu’à ce que je m’essaye à un « faux Rimbaud ». Cette fois la supercherie a été prise au sérieux, trop. Beaucoup trop, à hauteur inconsidérée de la folie furieuse des médias souvent prompts à s’emballer à la moindre alarme littéraire !

Les seuls responsables sont les « spécialistes » crédules relayés par les journalistes pressés de vendre de l’information et non l’auteur de cette malicieuse falsification. Je ne me considère pas comme un faussaire au sens judiciaire du terme mais comme un aimable gredin qui a ouvert sa cage à plumes que le vent médiatique a emporté plus haut que prévu. La blague sera de toute façon utile : elle permettra de remettre les pendules à l’heure chez les prétendus spécialistes de Rimbaud.

Pour la partie strictement littéraire la rédaction du texte « à la Rimbaud » fut l’étape la plus facile et la plus plaisante de l’entreprise. Un peu plus complexe -mais à la portée de tout bon faussaire un peu habile- fut de confectionner un faux matériel sur vieux papier. Le faire entrer ensuite dans un circuit classique afin de lui donner la « patine onirique » nécessaire à sa crédibilité (grenier de particulier, bouquiniste, antiquaires) à travers un protocole plausible ne demande pas une grande imagination, au contraire ! Découvert par un cinéaste sur les traces de Rimbaud (comme le hasard fait bien les choses, n’est-ce pas ?) le document fut fatalement récupéré « dans les règles de l’art ». La presse n’avait plus qu’à prendre le relais.

Et voilà comment un gentil farceur se retrouve avec une méchante affaire sur les bras !

Raphaël Zacharie de Izarra

IZARRA : faux nom, vrai faussaire ?

L’auteur est un habitué des coups montés littéraires, il semblerait qu’avec des moyens chimiques, techniques mais surtout informatiques il soit parvenu à tromper la vigilance des plus rusés ! A partir de vieilles archives vierges authentiques il aurait fabriqué ce faux. Les naïfs s’y seraient laissé prendre.

Rien que les circonstances de cette trouvaille devraient inciter à la plus extrême prudence… Comme par hasard un cinéaste justement en train de faire un documentaire sur Rimbaud entre dans une bouquinerie (une librairie de quelle ville donc se demandera le péquin ? Mais oui bien-sûr de Charleville-Mézières voyons !) et là, hop ! comme par enchantement il trouve le fameux trésor littéraire qu’on recherchait depuis 1945 ! Bref, un mauvais scénario de Indiana Jones qui semble passer comme une lettre à la poste ! Sans parler des détails tellement « beaux et évidents » qu’il en sont invraisemblables quand y réfléchit bien. Un romancier qui aurait écrit cette histoire aurait été taxé d’écrivain sans imagination. La vérité est que, comme l’avoue avec complaisance l’auteur de cet étrange message, le faux après avoir circulé un certain temps dans un circuit « traditionnel » pour accréditer son authenticité aurait finalement été dirigé vers cette boutique de Charleville dans l’attente de sa « découverte ».

D’ailleurs trouver un tel document là où précisément dans l’imaginaire collectif on est censé le trouver, c’est plus fort que fort ! Et c’est pour cela que c’est aussi un peu faible quand on commence à se poser quelques questions… Des faux littéraires ont déjà été fabriqués, cela ne serait pas la première fois (récemment il y eut les faux carnets d’Hitler pour ne citer qu’un cas célèbre). Pour ce qui est des parties manquantes du document, les détériorations « naturelles » ont été machiavéliquement confectionnées à des endroits stratégiques du texte : il fallait que cela fasse vrai. Mais pas trop non plus quand même car on se doute bien que l’auteur de la farce n’aurait pas masqué, même en partie, la signature « Jean Baudry » ! C’était la seule chose importante, la signature. Fallait même que ça fasse plus vrai que vrai. C’est réussi…

Signé : un complice impliqué qui n’aura pas l’inconscience, lui, d’en dire plus sur son identité…

Certaines personnes indélicates m?accusent de vouloir me faire de la publicité pour mon blog, ce qui bien évidemment ne me ressemble pas à un esthète de mon envergure.

Par conséquent dans un second temps du débat j’ai choisi de ne plus indiquer le lien de mon blog afin d’éviter de provoquer les croassements de certains volatiles…

Pour en revenir au sujet, je répète que la véritable imposture n’est pas dans le support matériel lui-même, qui est un faux, mais dans les têtes. Je dénonce la corruption des esprits (esprits visiblement affaiblis dès qu’il s’agit d’admirer béatement les « merveilleux écrits » de Rimbaud) enclins à prendre comme parole d’évangile tout baratin d’expert doctement émis. La masse bêlante et profane, la pauvre, l’ignare, en est réduite à chanter sous la baguette du chef-d’orchestre-grand-schtroumf-expert détenteur de la « vérité littéraire »

Je répète encore que les preuves matérielles que ce faux est bien un faux se trouvent dans le document lui-même et pas ailleurs. Or ce document n’est plus entre mes mains puisqu’il a été « lâché » dans le « circuit fatal » qui l’a porté à la postérité.

En outre je ne suis guère pressé d’apporter les preuves que l’on me demande. Ou de les nier. Je n’agis pas dans la précipitation, ce serait bien vulgaire pour un esthète de ma qualité… Je ne cours pas plus après les médias. J’ai tout mon temps, les arguments qu’il faut, ma vérité à moi. J’abattrai mes cartes quand je le jugerai nécessaire. Je ne suis pas à la botte des journalistes. Et puis surtout…

Surtout ne nous prenons pas trop au sérieux dans cette histoire.

Ce serait bien triste si ces messieurs les exégètes ne s’amusaient pas autant que moi ! Rimbaud et tout le tintouin, les haleurs et les poches trouées, tout cela c’est bien joli mais la poésie devrait-elle donc rester purement intellectuelle, essentiellement livresque, simplement théorique ?

J’offre aux exégètes une leçon de littérature grandeur nature, un cour vivant de sagesse rimbaldienne : d’abord savoir rire des choses les plus « importantissimes », comme par exemple cette affaire mondaine et finalement assez futile à propos du faux texte de Rimbaud.

Ensuite et par-dessus tout je leur apprends à ne pas oublier l’essentiel : lâcher le lest académique et avec courage, fièvre, hauteur, entrer dans l’arène pour vivre la poésie, la vivre. La vivre et non l’intellectualiser sans cesse et ainsi la rapetisser jusqu’à la rendre ridicule, mesquine, sèche.

Ce que je leur propose finalement, c’est de vivre la grande aventure izarrienne.

Raphaël Zacharie de Izarra

« LE MONDE » PUBLIE UN ARTICLE SUR MOI !

Paris est venu au Mans. Ce qui équivaut, en terme professionnel, à un scoop. Du moins dans le cercle restreint des journalistes littéraires, appelés aussi dans notre jargon « mondains du livre ». Depuis là-haut, c’est un événement, une prouesse. Rappel d?une épopée locale qui avait fait deux ou trois vagues dans nos salons : quelques heures à peine après la révélation au grand public d?un inédit de Rimbaud (Le rêve de Bismarck) retrouvé chez un bouquiniste de Charleville-Mézières, un énergumène manceau revendiqua non sans fracas la paternité du document qui serait donc? Un faux ! Info ou intox ?

A la rédaction les collègues ont bien ri. Il y avait de quoi, avec ma mission d?« envoyé spécial en province »? La décision résonnait désagréablement comme le coup de «sifflet de Jéricho» de l?officier de police plein d?avenir du Quai des Orfèvres rétrogradé du jour au lendemain à la circulation de la Place Clichy. Et j?ai effectivement été envoyé au Mans afin de tenter d?éclaircir ce mystère d?arrière pays. Merci le TGV. Bref, de retour avec mon papier, ils ne riaient plus du tout à la rédaction. Enquête.

AUTEUR PROLIXE

Raphaël Zacharie de Izarra est un farceur.

Un auteur prolixe aussi. Avec plein d?imagination.

Un simple hurluberlu en mal de notoriété comme l?affirmait, un peu énervé, le plus grand spécialiste de Rimbaud Jean-Jacques Lefrère dans les pages du « Figaro Littéraire » ? Pas si sûr? Dès qu?on approche le phénomène, les certitudes toutes faites s?éloignent. Il y a fort à parier qu?au contact de ce fou follet, plus d?un routard de la presse reverrait son jugement. Un poids-plume de l?auto édition (il se répand sur Internet) capable d?ébranler des maisons : Izarra a du souffle, il faut lui reconnaître ce précieux avantage.

FRISSONS

Personnage machiavélique diraient certains? Angelot d?une désarmante naïveté pour d?autres. Prince cynique ou entité ailée, peu importe : le plaisantin ne manque pas d?atouts. S?il est vrai que le diable a plus d?un tour dans son sac, les anges n?en ont pas moins de la plume. Celui qui veut défier les exégètes de la littérature, pardon de la Littérature comme il le précise, est bien outillé. Ce maître du verbe joue de son art oratoire jusqu?à l?énième degré, là où commencent les premiers frissons. Déstabilisant.

Le « clown à particule » s?avère être un morceau de choix pour tigres de rédactions, un cas d?école comme on en rencontre rarement dans une carrière de reporter. Un pigiste averti y regarderait à deux fois.

Izarra, ça à l?apparence de l?ersatz, de loin ça n?a l?air de rien, de Paris on croit que c?est du toc? Et quand on vient chez lui au Mans pour une interview de près, pour de vrai, alors l?Izarra c?est de l?or en barre ! Foi de journaliste.

L?animal est prêt. De mon côté, je fourbis mes armes. Ambiance règlement de compte à l?oral. L?interview commence mais c?est lui qui tient la baguette.

Quand je l?interroge au sujet de cette affaire grotesque du « vrai-faux-Rimbaud » il ne se démonte pas. Ses yeux s?éclairent. Le masque de la sincérité l?habille tout de blanc. Et il a des arguments le renard ! Répondant point par point aux objections émanant de ses détracteurs, il se défend. Avec foi, panache, consistance. De telle façon qu?à mi-parcours de l?interview il est déjà permis de douter de la version officielle. Question de choix. En l?écoutant, intarissable, virtuose, charmeur, parfois excessif, toujours percutant, on se sent plus léger, libre de balancer entre vérité médiatique et doute « izarrien », qualificatif dont il abuse avec jubilation. C?est le cadeau qu?il nous fait : penser par soi-même. Raphaël Zacharie de Izarra est persuasif, il a l?art de soulever des questions que nul n?oserait effleurer.

POLEMIQUE

Ses arguments ? Contestables, soyons honnêtes. Contestables et pourtant? Pas tant que cela. Et c?est étrange, et c?est puissant, et c?est passionnant. C?est oui ou c?est non, c?est vrai ou c?est faux. Entre les deux, une infinité de nuances. Toutes déroutantes.

Izarra a sa place dans la polémique et il tient tête. Il a pris le rôle du bouffon, qui n?est pas le plus facile. Rappelons que le pitre officiel du royaume assénait des vérités cinglantes au roi. Izarra se paye la tête du roi et c?est bien le seul : il n?y a qu?un bouffon dans tout le royaume pour user de ce droit. Les autres se taisent. Lui, il la ramène. Il fabrique du faux pour « mieux dénoncer une autre imposture : celle d?une certaine littérature » dit-il.

Dans le détail son discours ressemble un peu à cette histoire de fous où l?un soutient que la bouteille est à moitié pleine pendant que l?autre s?évertue à démontrer qu?elle est à demi vide. L?un a tort, les deux ont raison et personne ne peut trancher. Ensuite c?est une question de crédibilité vestimentaire. La « vérité » du porteur de cravate sera toujours un peu plus « vraie » que celle de l?adepte de la chemise à carreaux. Izarra ne porte ni cravate ni chemise à carreaux, il arbore un front vaillant dénué d?artifice, affrontant nu les « cohortes de Bêtise parées de flatteurs, mensongers atours ».

Même pour un reporter qui a de la bouteille, il serait trop facile de prendre à la légère l?édifice de papier de monsieur Izarra. Pour l?heure tout est théorie, démonstration intellectuelle, preuve par la dialectique et conviction intime. Le sieur Izarra est redoutable quand il s?agit de semer le doute. Et ça prend. A faire trembler les bases du plus orthodoxe des convaincus. Ca prend tellement bien que, séduit par le brillant discours, déjà convaincu mais pas tout à fait prêt à mettre la main au feu tout de même, on ne demande plus qu?à voir.

ROCAMBOLESQUE

Voir, c?est ce qu?il nous promet depuis le début de cette affaire décidément rocambolesque? Mais il n?est pas pressé d?apporter de la matière à son moulin à paroles. Izarra brille tant qu?il reste dans ses « hauteurs » abstraites, position stratégique bien commode dans laquelle il a tendance à s?éterniser? Sur la terre ferme son pied est plus glissant.

Il a le temps pour lui, répète-t-il. «Je n?agis pas dans la précipitation, mon dessein est de plus grande envergure que de nourrir ces poussins de journalistes. Patience ! Au lieu de petit grain sans lendemain vous aurez la grosse pâtée pour l?hiver» confie-t-il, un brin malicieux.

C?est vrai qu?il cause bien le contradicteur et qu?on serait prêt à se convertir à sa « vérité », à deux doigts du gouffre séparant « l?hérésie médiatique du ciel izarrien »? A condition de donner corps au discours. Bluffant pour ceux qui l?approchent, l?écoutent, le « sentent », simple zozo pour les autres qui n?ont pas eu le privilège d?un tête-à-tête, le personnage a de quoi faire peur.

La première fois il avait même fait très peur : l?AFP lui reproche un séisme d?ampleur nationale provoqué par ses simples assertions. Pas si zozo qu?il en a l?air le « Zaza » !

DU TEMPS

Raphaël Zacharie de Izarra nous demande du temps, encore du temps pour prouver qu?il est l?auteur de cette farce. Mais où est la vraie farce ? Dans le document lui-même qui serait un « authentique faux » ou dans le formidable pouvoir de persuasion d?un mythomane de premier ordre ?

Sa démarche, se justifie-t-il, est une oeuvre « de long terme, dense, complexe, nécessairement lente ».

A la lumière de ses propos pour le moins convaincants, irritants, intrigants, presque fascinants, on lui laissera le bénéfice du doute. Mais pas trop longtemps. Pas trop longtemps monsieur Izarra : à la rédaction ils ne rient plus, mais alors plus du tout.

R.S.
(Le Monde

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