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Villa Malaparte

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Villa Malaparte, Capri

La maison du jeudi - Villa Malaparte - Curzio Malaparte & Adalberto Libera - séjour

La maison du jeudi - Villa Malaparte - Curzio Malaparte & Adalberto Libera - banc

La maison du jeudi - Villa Malaparte - Curzio Malaparte & Adalberto Libera - façade inérieure

La maison du jeudi - Villa Malaparte - Curzio Malaparte & Adalberto Libera - bureau

La maison du jeudi - Villa Malaparte - Curzio Malaparte & Adalberto Libera - terrasse et vue

Située à l’extrémité de l’île de Capri, perchée sur un promontoire à flan de falaise, la villa Malaparte est née de la volonté d’une célèbre figure italienne : Curzio Malaparte, qui fut à la fois correspondant de guerre, romancier, journaliste, essayiste, polémiste, dramaturge, cinéaste et diplomate. L’écrivain, qui s’appelait en réalité Kurt-Erich Suckert mais qui décida de changer son état civil en 1925 après avoir lu un pamphlet sur Bonaparte, décida en 1937, contre l’avis général, de faire construire une villa à l’écart du monde, sur un site exceptionnel et inaccessible. Malaparte chargea l’architecte Adalberto Libera de concevoir une maison à son image, mais pour certains la villa fut conçue et achevée par Malaparte lui-même, l’architecte n’apportant son concours que pour l’obtention du permis de construire et le démarrage des travaux. Après un long sommeil marqué par l’abandon et le vandalisme, la villa a fait l’objet d’une rénovation pour devenir aujourd’hui un lieu d’étude et de création. Redécouverte de cette villa devenue mythique, conçue par et pour un écrivain, et mise en vedette par le cinéma.

Il y avait à Capri, en la partie la plus sauvage, la plus solitaire, la plus dramatique, en cette partie entièrement tournée vers le midi et l’orient, où l’île, d’humaine, devient féroce, où la nature s’exprime avec une force incomparable et cruelle, un promontoire d’une extraordinaire pureté de lignes, qui déchirait la mer de sa griffe rocheuse. Nul lieu, en Italie, n’offre une telle ampleur d’horizon, une telle profondeur de sentiment. C’est un lieu, certes, propre seulement aux êtres forts, aux libres esprits. Car il est facile de se laisser dominer par la nature, d’en devenir l’esclave, de se laisser déchiqueter par ces crocs délicats et violents, de se faire engloutir par cette nature comme Jonas dans sa baleine.

Tels sont les mots que Curzio Malaparte employait en 1940 dans « Ritratto di pietra » (Portrait de pierre) pour qualifier la pointe Masullo de l’île de Capri, peu de temps après sa construction en 1937. La villa Malaparte est connue pour avoir été conçue et construite par l’architecte Adalberto Libera suite à la demande de l’écrivain. Mais les recherches de Marida Talamona tendent à donner une autre version : la villa serait vraisemblablement l’oeuvre de Malaparte pour l’essentiel, comme l’écrivain le revendique lui-même dans « Ritratto di piera ». Malaparte voulait une maison à son image, « symbole de sa modernité, aussi bien que de son désir de se mettre en scène et de son goût de la provocation » (Fabio Gambaro, « L’énigme Malaparte »). Et de fait, la villa Malaparte est bien à l’image de son créateur, paradoxale, provocante, à la fois inaccessible et offerte au regard, secrète et spectaculaire. Malaparte justifia le choix du lieu en expliquant que le golfe de Naples, et plus particulièrement l’île de Capri, représentait une synthèse parfaite des éléments essentiels de sa recherche de solitude et d’amour; mais aussi un pari insensé à l’image de sa démesure.

La construction proprement dite fut confiée pour l’essentiel à Arturo Amitriano, un maçon de l’île, tandis que la création du mobilier d’intérieur fut confiée à Savinio, le frère du peintre Chirico. La maison se déploie en longueur sur deux niveaux tel un parallélépipède ocre entaillé par un monumental escalier en pyramide inversée. La maison est perchée à flanc de falaise, sur un promontoire surplombant de 32 mètres au-dessus de la Méditerranée et dominant le golfe de Salerne. L’accès à la propriété n’est possible qu’à pied depuis Capri ou bien par la mer grâce à un escalier taillé dans la roche. La villa Malaparte est dominée par la sévérité d’une géométrie pure que seule rompt la virgule blanche déposée sur la terrasse comme une voile sur un étrange vaisseau.

A la mort de Malaparte en 1957 s’ouvre une longue parenthèse où la maison est laissée à l’abandon, laissant, suivant la belle formule de Bruce Chatwin, « la nef homérique finir en cale sèche ». Commence alors une décadence où la villa est meurtrie par le temps et les pillages. Le calvaire prend fin dans les années 80 lorsqu’un ambitieux programme de restauration est enfin engagé. Y prendront part de nombreux industriels italiens, dans ce qu’il faut bien voir comme la restauration d’un monument historique. Cette restauration n’était pourtant pas acquise d’avance et ne fut possible que grâce à l’obstination du petit-neveu de Malaparte, Niccolo Rositani, ainsi qu’au soutien de mécènes privés. Une fondation pu ainsi être créée pour de sauver la Casa Malaparte de l’abandon, mais aussi des promoteurs qui voulaient en faire une pizzeria !

La villa est aujourd’hui devenue un lieu d’étude pour les architectes et les amateurs du monde entier. Divers évènements culturels s’y déroulent, tous tournés vers la création, la fondation Ronchi refusant d’en faire un musée. La villa fut également le théâtre de plusieurs tournages, dont celui du film « Le Mépris », que Jean-Luc Godard réalisa d’après un roman d’Alberto Moravia qui fut justement l’un des hôtes de Malaparte à Capri. La villa Malaparte devint à cette occasion une véritable icône du cinéma. C’est du reste avec un extrait du film que je conclue à présent cette redécouverte, vous laissant avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance et Fritz Lang.

http://www.villa-malaparte.eu/

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