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L’histoire de Lola Mc Ly

 Je suis née un jour de mai dans les lumières d’une matinée bercée de perles fines de pluie. Il est rare de voir cette légèreté tomber d’un ciel azuré sur ces rizières étroites de montagne.

Je suis née dans une joie calme et sereine.

Mes parents…

Les nuages poudraient amoureusement un horizon vif et profond.

Je crois que je suis née sous un bon soleil.

J’ai 39 ans.

Suis-je belle ?

Suis-je amoureuse ?

Suis-je imaginaire ?

Suis-je voyage ?

Je crois que je suis dans la pérégrination de la vie des sens, des odeurs et de toutes les belles choses que des hommes et des femmes ont fait émerger du plus fort de leur âme, un jour de grande espérance, un jour où le vent fulgura une tornade de sable fluorescent qui remonta vers les astres, douce comme des cotons de neige…

Je suis née dans le nord du Vietnam dans un petit village du nom de Sapa. Ma mère est sans doute d’origine hispanique, je ne l’ai point revue, mon père est sans doute d’origine anglo-saxone, je ne l’ai point connu. Ils furent vrais et beaux, me dit-on.

Je les aime, je les cherche.

Enlevés quelques jours après que je sois née.

Je suis née.

Je fus élevée par ce village, pieds nus dans les rizières arrosées par des soleils intenses, des soleils de satin, baignées dans une eau terreuse, royaume des sangsues et d’abominables insectes.

Tout le village eut pour moi un  infini amour sans jamais tomber dans la pitié ou l’idolâtrie. Ils m’ont élevée, certains passèrent plus de temps mais toujours dans ce rythme lancinant aux sourires découvrant de belles dents de bonté, ce rythme tellement lascif, tellement asiatique où le destin est une offrande, sincère et douce de la vie.

Un soir, de joyeuse fête, au milieu d’un feu de printemps, haut, brillant, lumineux, un soir alors que nous étions tous assis en un cercle d’émotion, ils m’ont dit, alors que mes dix huit ans venaient à peine de fleurir, ils m’ont dit solennellement.

« C’est l’heure, tu dois partir. »

       L’émotion vint doucement dans ma gorge puis monta jusque dans les profondeurs du vert bleu volubilis de mes rétines. J’eus un mouvement, lentement, puis, je disparus à pas comptés dans ma chambre, pour laisser couler mes larmes.

Cela dura sans doute plus de temps que je m’en souvienne. Les préparatifs de départ, pourtant si congrus. L’intendance est plus pénible encore, besogneuse, émouvante, les instants tournent en rond, se heurtent, se bousculent. Et puis ce sont ces embrassades qui se renouvellent, qui n’en finissent pas avec ces gens que j’ai aimé tous les jours, qui étaient là, tous les jours, parfois sans rien dire et qui m’ont permis d’avancer.

Plus loin.

Alors ce fut le vrai jour du départ.

Pas de larmes, Oh, surtout pas. Je restai encore un peu devant ce paysage de ma vie, si beau, si profond.

« Il est temps… »

Je montais dans ce bus crasseux avec cet homme posé, dont on disait qu’il possédait la sagesse. De tellement nombreux hivers avaient empli ses yeux. Il parlait peu. Il avait été décidé que je partirai par bateau, parce que c’était un voyage à la vitesse d’un regard d’être humain. Nous nous dirigeâmes vers le port…

Inconfortable, odeur si déplaisante, ce car roulait si vite et pourtant ce fut si long. Je sus dès la première seconde que je détesterai toute ma vie voyager dans des conditions de peu de confort pour mon corps, pour mon âme. Je sus qu’il me faudrait des heures longues de grands repos, des sommeils lourds et peu importe le lieu magique d’arrivée et peu importe la faim ou les convenances ou le moment de la journée. Il me fallait des bains, des yeux fermés, il me fallait reposer mon odorat, il me fallait du thé et un carré de chocolat très dur et très noir. Il me fallait une porte fermée à double tour et des silences de désert sans vie.

Alors oui, je pourrais voyager dans un bonheur sans fin.

Le port fut vaste de monde, de bateaux, de fumées, de caisses aux formes multiples, aux inscriptions nombreuses. Tous se mouvaient avec célérité dans des sens inexpliqués mais assurément déterminés. Nous attendîmes de longues heures, assis sans rien dire, mon ticket serré dans ma main. L’œil fixe, sans pensée particulière, sans rêve. Puis vint l’ultime instant, celui que l’on dit définitif mais tellement nécessaire, celui de la séparation physique.

« Vous reverrais-je un jour ? »

Il ne dit mot. Ses yeux en forme d’amande, sa peau ridée, tannée par des soleils de feux ne laissent entrevoir aucune émotion. Et à cet instant précis je compris pourquoi je devais les quitter, je n’étais pas comme eux, et je les aimais tant et tant, je sus à cet instant que je devais me trouver, me connaître, connaître mes parents, connaître ma vie…

Le bateau hurla un cri strident pour annoncer son intention de se désaccoster. Puis, il manoeuvra pataudement et s’enfuit tel un faon sur l’eau étale, plate, glissante sur l’incommensurable océan de bleus si vifs où mon destin sera celui de mes volontés et de mes hasards.

Les mouettes ne tardèrent pas à nous quitter, aussi…

Mon enfance surtout…

Octobre 2006

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