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Rimbaud, inoubliable…

on racontera les histoires de ce poète aventurier explorateur plus tard, un poème pour l’instant 

Ophélie

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte trés lentement, couchée en ses longs voiles…
On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile:
Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

ô pale Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
C‘est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T‘avaient parlé tout bas de l’âpre liberté;

C‘est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d’étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits;

C‘est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux;
C‘est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
Et l’infini terrible effara ton oeil bleu !

Et le poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

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et un autre texte dit proses évangéliques. Ces textes, que l’on analyse généralement comme des exercices de parodie inspirés par l’Évangile de Saint-Jean, se trouvent sur deux feuillets détenus par la BNF, au verso de deux des « brouillons d’Une saison en enfer ».

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Beth-Saïda…

     Beth-Saïda, la piscine des cinq galeries, était un point d’ennui. Il semblait que ce fût un sinistre lavoir, toujours accablé de la pluie et noir ; et les mendiants s’agitant sur les marches intérieures blêmies par ces lueurs d’orages précurseurs des éclairs d’enfer, en plaisantant sur leurs yeux bleus aveugles, sur les linges blancs ou bleus dont s’entouraient leurs moignons. Ô buanderie militaire, ô bain populaire. L’eau était toujours noire, et nul infirme n’y tombait même en songe.
     C’est là que Jésus fit la première action grave ; avec les infâmes infirmes. Il y avait un jour, de février, mars ou avril, où le soleil de deux heures après midi, laissait s’étaler une grande faux de lumière sur l’eau ensevelie ; et comme, là-bas, loin derrière les infirmes, j’aurais pu voir tout ce que ce rayon seul éveillait de bourgeons et de cristaux et de vers, dans ce reflet, pareil à un ange blanc couché sur le côté, tous les reflets infiniment pâles remuaient.
     Alors tous les péchés, fils légers et tenaces du démon, qui pour les cœurs un peu sensibles, rendaient ces hommes plus effrayants que les monstres, voulaient se jeter à cette eau. Les infirmes descendaient, ne raillant plus ; mais avec envie.
     Les premiers entrés sortaient guéris, disait-on. Non. Les péchés les rejetaient sur les marches, et les forçaient de chercher d’autres postes : car leur Démon ne peut rester qu’aux lieux où l’aumône est sûre.
     Jésus entra aussitôt après l’heure de midi. Personne ne lavait ni ne descendait de bêtes. La lumière dans la piscine était jaune comme les dernières feuilles des vignes. Le divin maître se tenait contre une colonne : il regardait les fils du Péché ; le démon tirait sa langue en leur langue ; et riait […].
     Le Paralytique se leva, qui était resté couché sur le flanc, franchit la galerie et ce fut d’un pas singulièrement assuré qu’ils le virent franchir la galerie et disparaître dans la ville, les Damnés.

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