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Vent de révolte en Chine contre la censure des médias

Par Arnaud de La Grange 
Manifestation de soutien aux journalistes du «Nanfang Zhumo», lundi, à Canton dans le Guandong.
Manifestation de soutien aux journalistes du «Nanfang Zhumo», lundi, à Canton dans le Guandong. Crédits photo : AFP/AF

Un hebdomadaire du sud du pays reçoit les soutiens de personnalités en vue. Une démarche rare et très embarrassante pour le régime.

Le vent qui souffle vers Pékin depuis le sud de la Chine pour la liberté de la presse ne faiblit pas. Le mouvement de soutien à l’hebdomadaire réformiste censuré par la propagande ne cesse de s’amplifier, gagnant la rue après avoir fait flamber l’Internet chinois. Et s’attirant le renfort de personnalités à la forte résonance médiatique.

Ce mardi, des militants défendant la liberté de la presse se sont rassemblés pour le deuxième jour consécutif devant les bureaux de l’hebdomadaireNanfang Zhoumo. La police est intervenue après des heurts avec des contre-manifestants brandissant des portraits de Mao et qualifiant le média de «traître». Mais les journalistes frondeurs ont surtout reçu le soutien de célébrités populaires, qui se tiennent habituellement à l’écart des sujets politiques. Comme l’actrice Yao Chen, qui compte 32 millions d’abonnés à son compte Weibo – le Twitter chinois -, et a posté une photo du logo du journal avec la citation de Soljenitsyne: «Une parole de vérité pèse plus que le monde entier.» Ou encore l’acteur Chen Kun, qui affiche 27 millions d’abonnés et a écrit: «Je ne vais pas mâcher mes mots, je soutiens les amis du Nanfang Zhoumo.» Le plus célèbre des blogueurs chinois, Han Han, est lui aussi monté en ligne, souhaitant «transmettre un peu d’énergie (au journal) pour l’aider à avancer».

Le Nanfang Zhoumo (Southern Weekend) est l’une des revues les plus libérales du pays. La crise a été déclenchée par la publication du traditionnel éditorial de début d’année de l’hebdomadaire. La version originale appelait à des réformes politiques, évoquant le «rêve du constitutionnalisme» en Chine, pour que les droits des citoyens soient enfin protégés. Or, le texte publié s’est avéré très édulcoré, apparemment victime des coups de ciseaux des cerbères de la propagande. Mais l’original a été diffusé largement sur Internet, relayé sur Weibo par des millions d’internautes.

Mobilisation sans précédent

Une soixantaine de journalistes de l’hebdomadaire ont immédiatement réagi, dénonçant publiquement les coupes et changements effectués à la dernière minute, à leur insu. Quelque 35 anciens reporters du journal sont même allés plus loin, demandant la démission du chef de la propagande de la province du Guangdong, Tuo Zhen, tenu pour responsable du rabotage. Ce dernier, nommé l’an dernier, semble avoir pour mission de mettre au pas le groupe Nanfang, qui pousse depuis longtemps les limites de la liberté de la presse.

Habilement, les journalistes font valoir qu’une presse non muselée est dans l’intérêt du Parti lui-même. «Si les médias n’ont aucune crédibilité et influence, alors, comment le parti au pouvoir peut-il faire entendre sa voix et convaincre son peuple?», écrivent-ils. Des groupes d’avocats ou d’étudiants ont affiché leur soutien. Et l’affaire est devenue le sujet le plus discuté sur le Web chinois.

Devant cette mobilisation sans précédent contre la censure médiatique, les nouveaux dirigeants chinois sont désormais dans une situation très inconfortable. Pris en tenailles entre un désaveu gênant de la propagande et les dégâts dans l’opinion qu’un serrage de vis supplémentaire provoquerait.

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